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Six années de travaux et de consultations par la Commission de vérité et de réconciliation se sont achevées, cette semaine, et la principale conclusion non écrite sera que les 150 années de génocide culturel subies par les enfants des premiers peuples du Canada seront encore en discussion dans 50 ans.

Est-ce un signe de fermeture face aux plus déchirants des 7000 témoignages faits devant la Commission? Pas nécessairement.

Il y a d'abord le dilemme sur la possibilité même d'une réparation pour tous ces torts qui ont été commis, parfois de bonne foi, à quelque 150000 enfants autochtones sur un siècle et demi d'histoire. Le gouvernement peut-il s'amender pour le comportement de générations qui ont oeuvré dans quelque 150 pensionnats autochtones? Peut-on expier les fautes de nos prédécesseurs? Comment peut-on réparer les blessures d'attitudes profondément racistes qui étaient monnaie courante à l'époque? Une réparation est-elle même possible pour les 80000 victimes encore vivantes? S'il est possible d'estimer une compensation financière ou autre pour des sévices subis - ce que les tribunaux font régulièrement -, comment évaluer ce qui ne s'évalue pas? Comment mettre une valeur sur cet intangible qu'est la perte de sa culture et de sa langue? De sa fierté, de sa dignité?

Nous ne sommes pas près d'une réponse. Le fédéral refuse même l'expression «génocide culturel» pour résumer le résultat de ses politiques passées - et actuelles? - face aux peuples aborigènes du Canada, ce qui englobe les Premières Nations, les Inuits et les Métis.

Certains témoignages ont glacé le dos des commissaires Marie Wilson, le juge Murray Sinclair et l'ex-député Wilton Littlechild. Ils parlent d'abus physiques et sexuels, mais aussi de simples gestes de cruauté et d'acculturation: des enfants de 6 ans arrachés à leurs parents, déracinés et placés dans des écoles qui ont dénigré leur passé, leur langue, leur patrimoine, numérotés comme des bêtes et considérés comme des «sauvages» à assimiler au plus vite.

(Et on se surprend qu'il y ait tant de fléaux sociaux chez les aborigènes? Comment peut-on les regarder de haut, à Ottawa et ailleurs, parce que trop d'entre eux sont itinérants, brisés par la pauvreté, l'alcool et les drogues?) Le problème est immense et ses solutions, si elles ne peuvent que soulager en partie, multiples et onéreuses.

Certes, le premier ministre Stephen Harper, froid et si insensible dans ces situations, manque totalement de compassion. Mais contrairement aux leaders de l'opposition qui peuvent dire n'importe quoi pour afficher une sympathie complaisante, M. Harper doit agir comme chef d'État et évaluer ce que représente, en dollars et en efforts collectifs, la liste d'épicerie des 94 recommandations de la commission. Imaginez par exemple: tous les élèves, tous les immigrants, tous les professionnels de la santé et de la justice devraient suivre des formations en compétences culturelles sur l'histoire et les mauvais traitements des autochtones au pays.

Il est tout simplement impossible au gouvernement de répondre favorablement à ces demandes, ni le lendemain de leur dépôt, ni même dans un an, Elles mettraient le Canada en banqueroute. Ce qui ne signifie pas que les Canadiens et leur gouvernement puissent demeurer les bras croisés. Une tout aussi ambitieuse Commission royale sur les peuples aborigènes, en 1996, n'a que trop peu donné de résultats. À ce rythme, nous y serons encore dans 50 ans, et la souffrance des autochtones n'en sera pas plus près d'un apaisement. Au-delà de la responsabilité de nos gouvernements, si une première ouverture commençait par notre regard envers les premiers peuples?

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