Entre ouverture et repli sur soi

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En embauchant une Québécoise avec de nombreux liens avec les indépendantistes, l'ACFO d'Ottawa se complique la tâche de réunir les forces de l'Ontario français. Isabelle Miron pourrait très bien réussir, mais cela rehausse le niveau de difficulté.

Éclaircissons d'abord les rôles. Mme Miron est la nouvelle directrice générale. Elle est chargée de mener l'ACFO d'Ottawa au quotidien, en mettant en place les directives du conseil d'administration. Il s'agit principalement d'une tâche d'organisation ; le leadership revient toujours aux élus de la communauté, principalement au président Alexandre Mattard-Michaud. Le rôle politique échoit sur ses épaules à lui, pas celles de Mme Miron.

Il n'empêche qu'il est pour le moins particulier de confier les rênes d'une organisation de revendication politique à une personne de l'extérieur de la communauté. Le premier ministre du Canada doit être un citoyen canadien. On exige même davantage du président des États-Unis : il doit être né au pays, et aucun étranger ne peut donc y accéder. Évidemment, l'ACFO d'Ottawa n'est pas les États-Unis et un « dg » n'est pas un porte-parole. Plusieurs de ses homologues ont joué de grands rôles à la tête d'institutions franco-ontariennes : Andrée Lortie avec le collège La Cité, Gérald Savoie à l'hôpital Montfort, sont des exemples récents.

Pour certains, cette « ouverture » à l'autre est un signe de « beauté », selon M. Mattard-Michaud. De maturité, diraient d'autres, car elle se sent assez forte pour regarder au-delà de ses rangs lorsque vient le temps de chercher des leaders.

Du même souffle, cela pose certains handicaps dans la réalisation d'un mandat lorsqu'une personne doit, en plus de concrétiser des tâches dans un nouvel environnement, bâtir son réseau de partenaires. Comme d'autres, la communauté franco-ontarienne est tissée serrée, et tout le monde se connaît. Cette « consanguinité communautaire » pose parfois des défis mais le plus souvent, elle aide, facilite et accélère les dossiers. Les gens savent exactement à quel partenaire il faut s'adresser, quoi dire et à qui précisément pour atteindre des résultats.

Isabelle Miron devra bâtir l'essentiel de son réseau rapidement. Avec un air de suspicion dans les yeux de plusieurs de ses vis-à-vis. Comme Madeleine Meilleur, la ministre déléguée aux Affaires francophones, « préoccupée » par la décision de l'ACFO (sur laquelle elle n'a aucune autorité directe). Elle-même québécoise d'origine, Mme Meilleur peut bien comprendre d'où vient Mme Miron. Mais comme presque tous les Franco-Ontariens, elle est d'obédience fédéraliste. Ils partagent à peu près tous la conviction qu'un Québec indépendant va à l'encontre des intérêts des communautés francophones minoritaires. En 1967, aux États généraux sur le français, le Québec a tourné le dos à la diaspora francophone hors de la Belle Province et choisi de faire cavalier seul. Hors du Québec, point de salut ! Chacun pour soi ! Pour survivre, le Québec doit concentrer ses forces sur son territoire !

Les Francos de partout au pays ont perçu ce virage comme une trahison. De bien rares se sont ralliés à l'instar d'Yves Saint-Denis, un militant franco-ontarien proche de mouvements indépendantistes. La majorité considère avec suspicion l'indépendance du Québec qui, croit-elle, signerait son arrêt de mort collectif. De fait, quelle valeur aura la protection de la minorité de langue française dans un Canada sans le Québec ? Car au-delà des compétences qu'Isabelle Miron apporte à la table de l'ACFO d'Ottawa, voilà tout ce qui vient avec sa candidature. Et cela remue des braises encore fumantes, 48 ans après 1967...

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