Un monument à oublier

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Stephen Harper aime bien l'histoire. Tristement, trop peu de Canadiens partagent cet intérêt ce qui, selon l'adage, nous condamne à répéter les erreurs du passé. Il faut donc encourager les initiatives favorisant l'apprentissage de l'histoire de façon générale, et l'histoire du Canada de façon particulière.

M. Harper a favorisé l'installation de monuments; ce moyen a l'avantage de marquer la géographie de la capitale en ajoutant à un circuit de monuments déjà bien amorcé. Ces monuments embellissent le paysage urbain et témoignent, à leur manière, de leurs époques.

Le gouvernement Harper en a trois dans ses cartons. Les deux plus avancés font l'unanimité: un sur l'Holocauste, un sur les métiers de la construction. Mais c'est son plus récent, le Monument aux victimes du communisme qui n'en finit plus de susciter des réactions négatives.

Cette semaine, les élus de la Ville d'Ottawa ont approuvé une motion demandant au fédéral de ne pas aller de l'avant avec ses plans d'installer ce monument sur un terrain adjacent à la Cour suprême du Canada.

Ils auraient dû aller plus loin et le rejeter en bloc. Non seulement le lieu fait problème, mais sa thématique même.

Le concept est trop vague. Les Canadiens peuvent croire que le communisme, comme système de gouvernement, a donné lieu à d'horribles dérapages, c'est mettre dans un même panier bien des pays et bien des pans de l'histoire. Dans Le livre noir du communisme, l'éditeur Stéphane Courtois estime le nombre de victimes à près de 100 millions. Les deux-tiers sont en Chine populaire, 20 millions aux mains de l'Union soviétique, les autres au Cambodge, en Corée du nord, en Éthiopie, en Afghanistan, au Vietnam, à Cuba et ailleurs en Amérique du sud, ainsi que dans les pays de l'Europe de l'est.

Le Canada a mené une politique de rapprochement avec la Chine depuis plus de 40 ans. Le gouvernement Harper, après des débuts hésitants, a emboîté le pas de ce mouvement, malgré son carcan des libertés individuelles. Associera-t-on à ce monument le triste traitement des peuples ouïghours et du Tibet? Sans cautionner ces politiques d'État, ne risque-t-on pas d'irriter cet incontournable partenaire économique? L'érection de ce monument en vaut-il la peine?

Que fera-t-on lorsque nos amis de Cuba, avec lesquels nous avons des relations tout aussi historiques, seront de passage à Ottawa?

Dans le concert des nations, il y a des manières de dire les choses, de gouvernement à gouvernement. Nous n'atteindrons aucun but en piquant la susceptibilité de ces peuples qui sont, au fil des ans, devenus des partenaires, au-delà des tragédies du passé et dans quelques cas, du présent. Ce n'est pas la manière de les convaincre d'agir autrement.

Puis, il y a le lieu, un terrain devait abriter un jour la Cour fédérale. Peut-être parce qu'il proteste contre «le gouvernement des juges» qui contrecarre ses plans, M. Harper en a usurpé la vocation sans aucune consultation avec la Ville d'Ottawa. Et si la Commission de la capitale nationale pouvait parler, probablement sans son assentiment non plus. Quant à la population, tant dans la capitale qu'ailleurs au Canada, elle est résolument contre, si l'on en croit un récent sondage Ekos Research.

L'unanimité est impossible mais un monument doit tendre vers le consensus. Celui à la mémoire des victimes du communisme fait tout à fait le contraire, tant sur le fond que sur le lieu. Pour éviter de paraître entêté, Stephen Harper devrait y mettre le holà.

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