La culture du déni

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Il faut remonter à 2002 pour retrouver un agent du Parlement aussi bouleversé des faits qui étaient devant lui.

Dans le rapport de l'Ombudsman de l'Ontario sur Hydro One, dévoilé hier, André Marin a témoigné d'une réelle incompréhension devant une telle somme de mauvaise foi, d'incompétence et de mépris dans cette société d'État.

Dans la plus vaste enquête de l'histoire de son Bureau, M. Marin a levé le voile sur les «pratiques exécrables» du service à la clientèle de Hydro One. Des dizaines de milliers de clients ont été surfacturés pour des milliers de dollars, ou pas facturés durant des mois. Des clients qui avaient permis le paiement de factures pré-autorisés se sont fait vider leur compte de banque. D'autres ont été victimes de menaces d'interruption de service pour non-paiement de factures. Des personnes âgées, des malades ont été forcés de se battre avec la bureaucratie de Hydro One pour corriger les erreurs de cette dernière, erreurs qu'elle finissait par admettre de guerre lasse, promettait de rectifier, et ne faisait pas.

La réaction de l'ombudsman Marin rappelle celle de la vérificatrice générale Sheila Fraser lorsqu'elle a levé le voile, en 2002, sur le scandale des commandites. Elle avait lancé que des fonctionnaires «avaient brisé toutes les règles».

Si ce scandale avait des liens étroits avec le monde politique, ce n'est pas le cas pour Hydro One.

Un million de familles autochtones et des régions rurales lui achètent leur électricité, mais pour la vaste majorité des Ontariens, Hydro One est une société d'État dont ils n'ont à peu près jamais entendu parler, sauf pour deux tentatives de privatisation, en 2001 et cette année.

Contrairement au Québec, où Hydro-Québec a toute la charge de la filière électricité, le secteur a été remanié à l'époque du gouvernement conservateur de Mike Harris. Des distributeurs locaux ont fusionné tandis que sont apparues de nouvelles sociétés d'État chargées de la production, du transport et de la distribution.

Le fiasco de Hydro One tient à une procédure qui aurait dû être anodine, la modernisation du système de facturation. Mais elle a sous-estimé les problèmes qui pouvaient en découler; l'ombudsman estime que plus de 100000 clients auraient été touchés par ce cafouillage.

Une fois déréglée, la société d'État a eu recours au camouflage, voire au mensonge pour protéger ses arrières. Le conseil d'administration de Hydro One a été roulé dans la farine, ainsi que les inspecteurs du Bureau de l'Ombudsman, le ministère de l'Énergie, les médias et les clients.

Il a fallu des mois avant que Hydro One ne commence à jouer franc jeu et reconnaisse l'ampleur de ses gaffes et les retards à corriger des dizaines de milliers de facturations erronées. Elle a dû embaucher une petite armée de fonctionnaires pour répondre aux plaintes. Elle a déclaré forfait à des millions en factures d'électricité.

Il y aurait encore 5000 dossiers en attente de règlement: ce n'est donc pas fini, 18 mois après les premiers indices de la gaffe.

Le patron de Hydro One, Carmine Marcello, continue de se mettre la tête dans le sable. Encore hier, après des excuses superficielles, il persiste à dire que ce n'était qu'un problème technique. Il a plutôt permis à une culture de déni et d'évitement de perdurer pendant une crise interne et pour cela, il doit partir. Sans parachute doré, il va sans dire.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer