Parti et gouvernement

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Il ne suffit pas de retourner bien loin en arrière, 10 ans à peine, pour tisser des liens intéressants avec ce qui se passe ces mois-ci dans le camp du Parti conservateur du Canada.

En 2005, les libéraux sous Paul Martin étaient prêts à tout pour demeurer au pouvoir. Ils avaient hérité du gouvernement usé de Jean Chrétien, mais l'ancien ministre des Finances espérait à son tour laisser sa marque sur le pays. 

Il devait se débattre avec les révélations de la commission d'enquête Gomery sur le scandale des commandites. À la Chambre des communes, son statut de minoritaire le forçait à des pirouettes de procédures pour se maintenir au pouvoir; il est allé jusqu'à recruter Belinda Stronach, ex-candidate à la direction des conservateurs, au sein du cabinet libéral. 

Sous Stephen Harper, les Bleus multipliaient les attaques. Ils disaient que les libéraux tenaient le pouvoir fédéral pour acquis. Que le parti s'était approprié l'argent des contribuables par le scandale des commandites. 

Bref, qu'ils étaient prêts à tout pour se maintenir au pouvoir et perpétuer une culture du «tout m'est dû». Cette attitude était résumée en une phrase prononcée par l'ex-ministre David Dingwall: «I'm entitled to my entitlements.» Elle avait beaucoup servi pendant la campagne électorale qui a porté le Parti conservateur au pouvoir en janvier 2006.

Aujourd'hui, de semblables reproches peuvent être adressés aux conservateurs. La première loi qu'ils ont proposée et votée en 2006 portait sur la responsabilité gouvernementale. 

Entre autres, elle interdisait précisément l'utilisation des publicités gouvernementales à des fins partisanes. Le Parti conservateur avait bien vu, comme d'autres, qu'avec le temps et de fines manoeuvres, le parti finit par se substituer au gouvernement, ou plutôt, le gouvernement en vient à être confondu avec le parti au pouvoir. Entre le rouge du Parti libéral et le rouge officiel du Canada, il n'y a pas de différence. Mais y a-t-il là plus qu'une coïncidence? 

Tous les partis, toutes philosophies confondues et à tous les niveaux, finissent par confondre leurs intérêts avec ceux de leur gouvernement. Consciemment ou pas.

Aujourd'hui, les conservateurs sont passés maîtres de cette stratégie à la limite de la moralité politique. 

La plus récente preuve est sortie la semaine dernière avec la mise en ligne d'une vidéo promotionnelle du ministre Pierre Poilièvre vantant les bienfaits du dernier budget de son gouvernement pour les familles canadiennes. 

Ce n'est plus le budget du gouvernement du Canada, mais celui du premier ministre Harper. Rencontrant des gens dans un lieu public, il confond habilement les deux. Le glissement de sens est bien perceptible, mais passe comme du beurre dans la poêle. 

Il multiplie les présences de sénateurs et de députés conservateurs aux quatre coins du pays, voyageant aux frais des contribuables, mais pour porter un message partisan. 

Cela s'ajoute aux millions dépensés ces dernières années en publicités vantant le Plan économique du Canada, à la télévision, sur de multiples chantiers à travers le pays. Encore là, c'est subtil mais le message est martelé ad nauseam: ce gouvernement se préoccupe d'économie. 

Depuis des mois, depuis l'émergence du groupe terroriste État islamique et les attaques d'illuminés d'Allah à Saint-Jean-sur-Richelieu et Ottawa, ce gouvernement se préoccupe aussi de sécurité car partout, toujours, vous êtes menacés. Du moins, voilà le message. En cette année électorale, tout est limpide quand l'on sait où regarder.

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