Noir sur blanc

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Le sous-financement de la Société Radio-Canada a maintes fois été évoqué. Il vient d'être démontré, noir sur blanc, dans un rapport rédigé à l'intention des gouvernements du Québec et de l'Ontario.

Cela ne suffira pas à convaincre le gouvernement conservateur d'investir plus d'argent dans le diffuseur public. 

Cela va contre son ADN. Mais les preuves étalées dans le document « Le financement de Radio-Canada : état de situation et pistes de solution » serviront au moins à débusquer les écrans de fumée derrière lesquels les gouvernements se terrent depuis 25 ans.

Radio-Canada (et la CBC) reçoit 1,1 milliard $ d'Ottawa. Ce financement est stable, à plus ou moins 50 millions $. 

Chiffre à l'appui, Stephen Harper peut prétendre qu'il n'a pas mené une opération de démantèlement du diffuseur public, comme l'auraient souhaité des milliers d'anti-Radio-Canadiens parmi ses supporters qui ne jurent que par le secteur privé.

Il peut même rappeler que celui qui a le plus charcuté Radio-Canada est... Jean Chrétien. En 1993, la SRC percevait 1 milliard, 109 millions $ de fonds publics. Au plus fort de leur lutte au déficit, les libéraux lui ont retranché jusqu'à 300 millions $, en 1997-1998. Ils l'ont remonté par la suite mais l'effet composé du coût de la vie (+ 51,2 % depuis 1990) a handicapé Radio-Canada, dont le financement n'a crû que de... 0,47 % au cours de la même période.

Pendant ce temps, les dépenses du fédéral explosaient à 74,3 %.

De surcroît, Radio-Canada n'a pas eu le choix de se diversifier avec des réseaux de nouvelles en continu, une solide présence Internet, l'ajout de chaînes spécialisées, etc. 

Ces nouveaux services sont venus augmenter les dépenses, sans nécessairement apporter plus d'eau au moulin.

Le rapport protège par ailleurs le diffuseur public de ne pas avoir fait d'efforts pour trouver d'autres sources de financement. Depuis 2005, les revenus autonomes de la SRC ont crû de 201 millions $, de 567 à 768 millions $. Radio-Canada a certainement fait sa part, même s'il reste encore quelques marges, comme l'absence de publicité à la radio.

Après 25 ans de statu quo, le diffuseur public semble être arrivé à une croisée des chemins, avec des coûts croissants et l'élimination de revenus comme les 33 millions $ du Fonds pour l'amélioration de la programmation locale.

Sans une bouée conservatrice, le président Hubert Lacroix est coincé dans un exercice minceur qui a vu l'élimination de 2100 emplois depuis un an, et de 1000 à 1500 de plus d'ici cinq ans. 

La SRC perd un savoir et des bras qui handicapent sa capacité de servir les Canadiens, particulièrement ceux en milieu minoritaire qui n'ont peu ou pas d'autres sources d'information dans leur langue. Il n'est pas vrai que les réseaux privés peuvent prendre le relais.

Le Québec et l'Ontario ont emboîté le pas à des campagnes d'appui organisées pour protéger la SRC dont le large mandat est à l'image de l'énorme pays qu'est le Canada.

 Il est impossible de s'attendre à plus, ni à la même chose de Radio-Canada sans qu'elle soit financée comme les autres diffuseurs publics dans le monde. Sinon, elle sera condamnée à réduire son action.

Stephen Harper ne croit pas en un diffuseur public. Au plus, il le tolère, estimant qu'il perdrait plus de votes en s'y attaquant de front qu'il n'en gagnerait.

Y a-t-il suffisamment de Canadiens qui y croient, eux, pour faire de Radio-Canada un enjeu électoral ?

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer