Une autoroute qui n'en est pas une

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Au-delà de la tragédie humaine, un accident mortel sur la route soulève d'inévitables questions sur la sécurité. Surtout quand ils surviennent dans les mêmes endroits.

Dimanche soir, une autre de ces tragédies de la route s'est produite sur le pont d'étagement au-dessus du chemin Doherty, sur l'autoroute 50. Plusieurs n'en sont pas trop surpris : depuis son ouverture sur toute sa longueur, il y a deux ans et demi, deux tronçons se sont révélés particulièrement dangereux : celui entre Buckingham et Plaisance, et celui autour de Mirabel.

La plupart des accidents sont des collisions frontales. Cela tient à la conception même de cette « autoroute ». Car ne nous comptons pas d'histoire. L'autoroute 50 n'en est pas une. Si cela avait été le cas, un large terre-plein aurait empêché tout véhicule d'aboutir dans la voie adverse.

Sans ce dispositif, l'autoroute 50 a réclamé plusieurs vies humaines dans des face-à-face qui auraient pu être évités.

On a beau ne pas vouloir retomber dans le débat sémantique sur le nom d'« autoroute » et de la dénomination « 50 » qui réfère au réseau québécois de voies rapides, la 50 a les caractéristiques d'une route secondaire... bonifiée.

Pour accélérer les déplacements, prévenir les accidents et améliorer l'expérience routière, le MTQ a ajouté des voies de dépassement, une bande médiane rugueuse, de l'éclairage et de l'affichage, etc. Il doit aller plus loin.

À court terme, la priorité est d'étudier l'installation d'un muret de béton sur les tronçons les plus dangereux.

Jusqu'ici docile, la population de l'Outaouais n'a pas réagi trop fortement lorsqu'elle a appris, à l'époque, que l'autoroute 50 n'aurait que deux voies. Cela faisait tellement longtemps qu'elle l'attendait, elle n'a pas regardé la bride du « cadeau » qu'on lui offrait.

(Comme si la 50 était un « cadeau », et non pas un outil de développement économique et démographique entre l'Outaouais et le reste du Québec.)

Si la question de la sécurité de l'autoroute 50 revient dans l'actualité, c'est aussi parce que Philippe Couillard l'a lui-même soulevé pendant la campagne électorale. Lorsqu'il cherchait à s'assurer des votes de la population, au printemps 2014, il a laissé entendre que son gouvernement étudierait un élargissement de la route si la sécurité des gens était compromise.

Il avait dit : « S'il est question de la sécurité des gens, on ne fait pas de compromis. D'ailleurs la plupart des grands travaux routiers de ces dernières années au Québec, ont été faits pour des questions de sécurité. »

Aujourd'hui, nous avons la réponse. L'autoroute 50 n'est pas sécuritaire. Un muret de béton, au moins sur quelques kilomètres, ferait une partie du travail.

Puis, il faudra rappeler à M. Couillard une phrase que l'Outaouais n'a pas oubliée : « Il faut que cette autoroute soit complétée. »

Depuis, plusieurs élus libéraux ont fermé la porte à tout élargissement. Pour des raisons financières, et pour des raisons de volume. Il y aurait entre 6000 et 7000 véhicules par jour sur l'autoroute 50. « Pour justifier un quatre voies, a rappelé récemment le député libéral de Papineau, Alexandre Iracà, il faut une circulation d'au moins 10 000 véhicules par jour. »

Si la population finit par se convaincre que la 50 est « la route de la mort », comme certains l'ont baptisée, jamais le volume ne croîtra suffisamment pour justifier un élargissement. Et les accidents mortels se multiplieront. Et les libéraux en auront une partie sur la conscience.

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