L'ère PKP

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Pierre Karl Péladeau a réussi son pari: il dirige maintenant le Parti québécois, ayant remporté plus de la moitié des voix des membres du parti.

Maintenant, le gros du travail s'amorce. S'il estime qu'il a eu la vie dure depuis son entrée en politique, le 9 mars 2013, il n'a encore rien vu. Propulsé automatiquement au poste de chef de l'Opposition à l'Assemblée nationale, il sera questionné autant qu'il questionnera le gouvernement.

Les questions ne viendront pas que de ses adversaires, mais aussi de souverainistes qui s'interrogent déjà, à bon escient, sur les politiques que le Parti québécois embrassera dorénavant. Car tout chef infléchit un peu, parfois beaucoup, les priorités électorales de son parti, et M. Péladeau n'est pas différent.

Créé comme une force sociale-démocrate et indépendantiste, le Parti québécois a progressivement migré vers le centre, un peu à l'image de la population qui n'accepte plus comme avant les déficits de ses gouvernements, par exemple. Les raisons de ce glissement sont nombreuses; certains ont réagi en fondant les partis Québec solidaire et Option nationale.

Comme chef d'entreprise, Pierre Karl Péladeau a multiplié les manoeuvres anti-syndicales que les forces de la droite ont applaudies. Depuis son entrée en politique, il semble avoir tempéré son discours. Jusqu'où, personne ne sait.

Les Québécois espéraient qu'une réelle course à la direction du PQ, plutôt qu'un couronnement, forcerait M. Péladeau à livrer le fond de sa pensée politique. 

Incroyablement, cela n'est pas arrivé, malgré la présence de plusieurs adversaires et de nombreux débats qui auraient été autant de moments propices à un dévoilement de ses idées. Tout ce que nous en savons est qu'il fait de la souveraineté son objectif premier - et cela semble avoir satisfait jusqu'ici les militants.

La population sera plus exigeante. L'actualité politique et ses adversaires à l'Assemblée nationale ne lui laisseront pas le choix. Il aura le loisir de le faire à son rythme puisque trois années le séparent du prochain échéancier électoral, en 2018.

Cependant, le premier test de M. Péladeau arrivera dans moins de deux semaines alors que le gouvernement de Philippe Couillard tiendra une commission parlementaire sur le double rôle du nouveau chef du PQ qui est aussi le principal actionnaire de Québecor, le plus important groupe de presse au Québec. Les commissions parlementaires peuvent être à peine plus civilisées que la période des questions à l'Assemblée nationale; il ne faut pas s'attendre à une querelle de gentlemen, plutôt une bonne dose de boue envoyée de tous les côtés. Son tempérament que l'on dit colérique sera mis à l'épreuve et il ne pourra y échapper en sortant par une porte de côté. Il devra faire face à la musique jusqu'au bout, même si les flèches de ses opposants ont des pointes vicieuses.

Ce salissage risque d'embrouiller la cruciale question de fond que les Québécois doivent résoudre: est-il acceptable qu'un chef de parti politique - et potentiellement premier ministre du Québec - contrôle en même temps une énorme machine médiatique qu'il pourrait mobiliser pour influencer l'opinion publique?

Depuis son entrée en politique, il a été rapporté plusieurs fois que M. Péladeau s'est mêlé de décisions de Québecor. Maintenant qu'il est chef, il devra placer ces intérêts financiers derrière une fiducie sans droit de regard. Cela calmera ses alliés, mais pas ses adversaires. Il faut douter que ce sera suffisant. La question le hantera jusqu'à la fin de sa carrière politique.

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