Réformer les débats des chefs

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Ce n'est pas parce qu'une chose fonctionne d'une manière depuis toujours qu'aucune réforme ne soit envisageable, ou même souhaitable. Si l'humain est un être d'habitude qui est par nature réfractaire au changement, il ne faut pas vénérer le statu quo à ce point. Il est sain de se questionner sur la manière que nous faisons les choses, même si cela peut nous déranger.

Cela s'applique à une foule de sujets, y compris la formule des débats des chefs pendant nos campagnes électorales. Cela fait plusieurs décennies que les débats des chefs obéissent à peu près à la même mécanique de leaders plantés derrière des lutrins, répondant à des questions de journalistes et/ou du public, surveillés à la seconde près par un modérateur qui interrompt toujours alors que les tempéraments s'échauffent. Il y a toujours au moins deux débats, l'un en français, l'autre en anglais. Ils sont retransmis simultanément sur les ondes de grands réseaux de télévision.

S'il y a raison de repenser cette manière de faire, c'est que la dernière fois que le débat des chefs a fait une réelle différence remonte... à 1984, lorsque le progressiste-conservateur Brian Mulroney avait terrassé John Turner avec un « You had an option, sir ! », à propos de nominations d'amis libéraux au Sénat. Une différence à tous les 30 ans, voilà qui devrait pousser à la réflexion sur comment faire les choses différemment, et personne n'a encore imaginé une formule suffisamment dynamique pour que les Canadiens puissent apprécier les différences entre les candidats.

Le gouvernement conservateur n'a pas attendu, lui. Il a surpris tout le monde, cette semaine, en annonçant qu'il ne s'assoirait pas avec le Consortium des télédiffuseurs - formé des grands réseaux - et que Stephen Harper était plutôt ouvert à l'idée de participer à cinq débats tenus par d'autres organisations. Le magazine Maclean's s'est entendu avec les conservateurs, et un second débat serait diffusé au réseau TVA. Il en reste trois à mettre sur pied.

Il est vrai que les habitudes médiatiques des Canadiens ont considérablement changé depuis 15 ans. Ils s'abreuvent de nouveaux vecteurs d'information comme les médias sociaux et de nouveaux canaux spécialisés. Il est ainsi logique pour les partis politiques de se montrer ouverts à d'autres manières de rejoindre les Canadiens.

Mais puisque le parti de M. Harper ne fait rien qu'il n'estime pas à son avantage, cette idée est presque par définition suspecte. Par exemple, quand il a mis la clef dans le financement public des partis politiques, c'est qu'il savait que son Parti conservateur, déjà plus riche, maîtrisait mieux que ses adversaires le financement populaire auprès de sa base. Idem ici.

S'il propose une réforme donc, c'est qu'il est confiant d'en tirer parti. Donnant l'apparence d'être plus démocrate en proposant plus de débats, et pas moins, l'expérimenté Stephen Harper estime avoir un avantage sur son vert rival libéral Justin Trudeau.

(M. Harper ne doit pas croire que les Canadiens éliront Thomas Mulcair et ses néo-démocrates.)

Aussi, cela concentre davantage le regard des Canadiens sur les chefs, et pas sur les candidats dans les 338 circonscriptions du pays.

Il reste encore à voir comment les autres débats rejoindront tous les Canadiens, et si les nouvelles formules seront équitables pour tous, ce qu'une organisation indépendante chargée des débats pourrait garantir.

Entre-temps, MM. Trudeau et Mulcair sont aujourd'hui piégés à accepter la stratégie conservatrice, à défaut de paraître comme de moins bons apôtres d'une démocratie plus ouverte, plus moderne.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer