Une radio poubelle?

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Le maire de Gatineau emprunte une voie sombre et tortueuse en s'attaquant de plein front à la radio 104,7 FM et à son animateur vedette Roch Cholette. Il est rarement payant d'attaquer les médias, surtout par les sous-entendus qu'il a fait sur les ondes de Radio-Canada, samedi.

Il a qualifié la station gatinoise de «radio poubelle en émergence».

Peut-être le maire s'est laissé emporter par le caractère loufoque de cette émission d'humour à laquelle il participait. Mais il a poursuivi: «Quand les faits ont peu d'importance pour certains chroniqueurs, quand la vérité a peu d'importance pour certains chroniqueurs, c'est selon moi un pas vers la radio poubelle», a expliqué M. Pedneaud-Jobin.

Il a cependant pris la peine de préciser que le travail des journalistes du 104,7 FM n'était absolument pas ciblé par sa sortie.

Le directeur général du 104,7 FM, Bob Rioux, s'est évidemment porté à la défense des propos tenus sur les ondes.

«Les commentateurs, oui, ils critiquent et font part de leur opinion, a-t-il soutenu en ondes. Mais on ne demande pas aux auditeurs d'être d'accord avec nous tout le temps.»

Nous irons plus loin. M. Cholette a certes un style parfois abrasif, et sa lecture des événements n'est pas toujours partagée par tous, le quotidien LeDroit compris. Mais l'ancien conseiller municipal et député de Hull est rompu aux débats publics; il maîtrise les questions d'actualité en Outaouais comme peu en sont capables. Toutefois, certaines de ses interventions au micro relèvent plus de l'information spectacle que d'une saine recherche de la vérité. Mais elles ont rarement à voir avec ce que l'auditeur pouvait entendre sur les ondes de la Radio X, à Québec, à une époque. Au contraire, il se limite la plupart du temps à poser des questions difficiles aux élus et aux dirigeants, et à ce titre, contribue positivement au débat public.

Que le maire de Gatineau estime biaisées les opinions de M. Cholette, soit. Il a droit à son point de vue, les commentateurs de l'actualité aussi, tout comme la population. La diversité des propos est même préférable à la pensée unique qui, portée à son paroxysme, nous amène dans des régimes totalitaires.

M. Pedneaud-Jobin a toujours défendu les outils de démocratie et a répété cette position, mercredi. «Je crois au rôle des médias, à la démocratie et à la liberté d'expression», a-t-il soutenu.

Cependant, lorsqu'il lance que «la liberté d'expression ça marche dans les deux sens», il laisse flotter une impression d'une campagne de représailles qui ne peut que se faire au détriment de la Ville de Gatineau, de l'Outaouais et des médias d'information.

Quand il laisse entendre qu'il pourrait utiliser son droit de parole pour répliquer et dénigrer cette «radio poubelle en émergence», cela peut être interprété que le maire n'hésitera pas à noircir le 104,7 FM auprès de la population, auprès des annonceurs, auprès de ses partenaires. Et voilà une pente dangereuse que le maire serait sage d'éviter.

Si M. Pedneaud-Jobin s'estime lésé par les propos émis en ondes, des voies s'ouvrent à lui. Il peut s'adresser au Conseil de presse du Québec, ou même aux tribunaux. Mais la plus efficace serait d'aller en ondes et présenter sa version des faits. Cela vaut mieux qu'un travail de sape et de discrédit d'un média d'information essentiel à la population de l'Outaouais.

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