De villes et de finances

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La fusion municipale n'a pas livré les économies d'échelle promises en 2001 ; c'est vrai à Gatineau comme dans toutes les grandes villes du Québec. Chaque anniversaire le rappelle, comme lorsque la fusion a eu un an, cinq ans, 10 ans.

D'autres occasions tournent une fois de plus le fer dans la plaie. Comme la publication, cette semaine, de l'étude du Centre sur la productivité et la prospérité des HEC. Ces universitaires démontrent noir sur blanc que juste depuis 2009, les dépenses municipales ont explosé, croissant de 17,8 %, un rythme deux fois supérieur à l'inflation (7,3 %).

Bref, gérer une ville est plus difficile depuis la fusion municipale, et chaque année qui passe rend le défi encore plus ardu.

Le principal poste budgétaire des villes est constitué des salaires. Les fusions n'ont pas livré les fameuses économies d'échelle que certains faisaient miroiter parce que le nivellement s'est fait par le haut chez les cols bleus et blancs. Quelques centaines d'employés municipaux en ont profité et c'est tant mieux pour eux, mais l'élimination de doublons excédentaires n'a pas compensé ces hausses de traitement.

En plus, une fois unifiées, les nouvelles villes avaient atteint une taille qui exigeait de nouveaux services : un vérificateur général, plus de pompiers, de policiers, etc.

Aujourd'hui, tout doit être « à la hauteur de la quatrième plus grande ville du Québec ».

Il ne faut pas faire l'erreur de mettre dans le lot des nouvelles dépenses recyclage et compostage qui relèvent de nouvelles pratiques qui n'étaient pas en place en 2001.

Le gouvernement de Lucien Bouchard a forcé le mariage de secteurs très éloignés les uns des autres. Soixante kilomètres séparent les Gatinois du fond du secteur Aylmer de ceux de l'extrémité est de Buckingham.

Cet étalement urbain impose des coûts importants en infrastructures et services : routes, tuyaux, transport en commun, services municipaux de proximité, etc.

Aujourd'hui, les chercheurs de HEC Montréal estiment que la taille optimale d'une municipalité serait entre 50 000 et 100 000 habitants. Dire que Hull était en plein dedans, Aylmer y sera dans quelques années, et ensemble, Buckingham-Masson-Angers l'atteignait aussi. Il n'y a que Gatineau qui le dépasse, et pas de beaucoup.

Il est permis de se demander si l'on n'a pas rejeté, en 2001, un niveau démographique optimal...

Devant le noeud gordien des finances des villes du Québec, le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, les invite à un grand exercice de révision financière. Il veut éviter qu'elles ne viennent cogner à sa porte. Il leur a entre autres donné un outil pour corriger les déficits actuariels des régimes de retraite.

Y a-t-il davantage à faire ? Oui et non. Remettre sa gestion en question n'est pas une quête vaine pour tous les élus, et à Gatineau, le conseiller Maxime Tremblay pilote un comité justement dédié à cela. Il a été plutôt discret jusqu'ici.

Par ailleurs, les contribuables québécois - les mêmes qui paient les factures des villes - ont été pas mal écorchés par l'austérité du gouvernement Couillard depuis un an. Il faut leur donner un peu de répit. Toutes ces réformes étourdissent. Et comme on l'a vu avec les fusions, les promesses d'économies ne sont pas nécessairement au rendez-vous.

Les Québécois accepteront-ils de changer une fois de plus leurs manières de faire... sans garantie d'une éclaircie à l'horizon ? Il est permis d'en douter.

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