Omar Khadr: qui croire?

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Après 13 années passées derrière les barreaux, Omar Khadr a recouvré sa liberté, jeudi, en attente d'un autre procès qui s'annonce encore difficile. Mais vendredi matin, il s'est réveillé non pas dans une prison mais dans une chambre, chez son avocat, à Edmonton.

Cette réalité anodine pour des millions de Canadiens est exceptionnelle pour Khadr, un immigrant d'origine afghane.

Omar Khadr est un homme libre... en attendant. Les tribunaux n'ont trouvé aucune raison de le maintenir en prison malgré la lourdeur des accusations qui pèsent contre lui: il est toujours accusé d'avoir tué le soldat américain Christopher en juillet 2002, pendant des combats en Afghanistan. À ce moment-là, il n'a pas encore 16 ans.

Ce crime, il l'a avoué en 2010 devant un tribunal militaire des États-Unis. Le gouvernement de Stephen Harper le répète constamment pour justifier la ligne dure qu'il a toujours tenue envers ce prisonnier bien embarrassant. Ses supporters soutiennent cependant qu'il a changé son plaidoyer de culpabilité, de guerre lasse, que dans l'espoir d'obtenir un éventuel transfert dans une prison canadienne. Ce qui est arrivé en 2012.

Il attend un autre procès dans l'espoir de voir sa peine de huit années réduite parce que son aveu n'aurait pas été volontaire, sous le coup de menaces ou de contraintes.

Le dossier Khadr au Canada est volumineux. Il remonte jusqu'à sa naissance, en 1986, à Toronto, et même avant. Son père était un proche d'Oussama ben Laden, et il a été tué dans un combat en 2003.

Pour certains, Omar Khadr est un enfant-soldat qui s'était fait lessiver le cerveau par une famille qu'il n'a pas choisie. Ils soutiennent qu'en d'autres circonstances, il aurait été exonéré compte tenu de son âge.

Depuis sa sortie de prison, il s'est qualifié de «bonne personne» qui demande aux Canadiens «une chance de [démontrer] qui je suis». Ses paroles, dans un anglais impeccable, sont empreintes de sincérité et il implore le pardon.

Pour d'autres, Omar Khadr est un dangereux terroriste islamiste qui pose une menace pour la sécurité des Canadiens. Il n'attendrait que la bonne occasion pour reprendre le jihad contre l'Occident, et le Canada en particulier. Son discours de contrition ne serait pas différent de celui tenu par d'autres criminels passés maîtres dans l'art de la manipulation.

Et comme la pomme ne tombe jamais loin de l'arbre...

Le cas Khadr force les Canadiens à réfléchir sur la nature humaine. Un jeune homme qui a baigné dans la violence pendant toutes ces années peut-il aspirer à une vie «normale»? Croit-on au pardon, à la rédemption?

Cela appelle à notre vision du monde, et il n'y a pas de mauvaise réponse. Certains seront craintifs, d'autres feront confiance.

Omar Khadr est en liberté surveillée pour quelques mois encore. Les contraintes à ses allées et venues sont sévères. Ses contacts avec autrui sont strictement encadrés. Pour le moment, il ne peut représenter aucune menace à la sécurité des Canadiens, quoiqu'en disent M. Harper et son porte-voix à la sécurité, Steven Blaney. Ils se servent du cas Khadr pour marteler leur philosophie de loi et d'ordre, d'un gouvernement intéressés à défendre les victimes plutôt qu'à la défense des libertés individuelles.

À chacun de choisir son camp. Entre-temps, nous n'avons rien à craindre.

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