Leçons albertaines

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Depuis au moins deux semaines, les sondeurs de l'Alberta mettaient en péril la dynastie du Parti conservateur. Au profit d'un gagnant improbable, le Nouveau Parti démocratique. Les Albertains pourraient-ils réellement passer d'un trait de la droite au centre-gauche ? La réponse a été un retentissant oui.

Plusieurs phénomènes expliquent la victoire de Rachel Notley, importante car elle brouille du même coup les cartes pour l'élection fédérale du 19 octobre prochain.

Sans vouloir diminuer sa performance, il est d'abord de mise de se rappeler qu'un parti politique perd plus le pouvoir qu'il ne le gagne. Cela signifie que ce ne serait pas tant les qualités du NPD et de sa leader que les Albertains ont plébiscité, qu'une réaction à plusieurs phénomènes négatifs associés au Parti conservateur.

Depuis le départ du populiste Ralph Klein, en 2006, le PC albertain a brûlé trois chefs qui n'ont pu inspirer l'opinion publique, avec Ed Stelmach, Alison Redford et tout récemment, Jim Prentice. Ce dernier, vétéran de la scène fédérale, était promis à un bel avenir mais la déconfiture du prix du pétrole et la décision de déclencher des élections anticipées, notamment, ont détourné 450 000 électeurs vers le NPD.

Ainsi, Rachel Notley s'est retrouvée à la tête d'une vague orange pas très différente de celle que Jack Layton a vécue au Québec à l'élection de 2011. Il y a aussi un parallèle à faire entre cette victoire et celle de Bob Rae pour les néo-démocrates de l'Ontario en 1990.

Le NPD albertain a su combler un vide qui s'est magiquement ouvert devant lui. Depuis 2008, la principale opposition aux conservateurs albertains étaient le parti Wildrose et sa télégénique chef Danielle Smith. Quand elle a fait défection vers les conservateurs avec huit collègues, en décembre dernier, cela a jeté le Wildrose dans un profond bouleversement dont il s'est remis juste à temps pour l'élection, mais pas assez pour que le nouveau chef Brian Jean puisse faire sa marque.

Pendant ce temps, Rachel Notley menait une solide campagne, dissipant bien des doutes sur la capacité du NPD de former un bon gouvernement en Alberta. Il lui reste maintenant à livrer la marchandise, ce qui ne sera pas une mince affaire avec un cabinet totalement inexpérimenté et des finances publiques plombées par le prix du pétrole.

Elle devra éviter les pièges du NPD ontarien de M. Rae dont les solutions idéologiques de gauche ont mis la province profondément dans le rouge. Bob Rae n'aura été l'homme que d'un seul mandat et la désaffection des Ontariens a propulsé ces derniers de l'autre côté du spectre politique, avec un Mike Harris conservateur et tout aussi idéologique que M. Rae. Les finances ont été redressées... mais à quel prix ?

Cette victoire étincelante du NPD provincial envoie-t-elle un signal clair aux politiciens fédéraux ? Oui et non. Il faut éviter les parallèles faciles entre la performance au niveau provincial et celle au fédéral. Le Québec a souvent voté Parti québécois au provincial et libéral au fédéral. Le NPD fédéral de Thomas Mulcair ne vient pas d'obtenir un chèque en blanc ; quoiqu'il y a aujourd'hui de l'espoir pour une percée impensable il y a un an à peine.

Le plus inquiet sera sans aucun doute le premier ministre Stephen Harper. Il pouvait compter sur un appui massif des Albertains ; cela est moins sûr aujourd'hui. L'Alberta est moins politiquement moins monolithique que l'on ne pouvait le croire. La popularité du progressiste maire de Calgary Naheed Nenshi était peut-être annonciatrice d'une Alberta plus ouverte. Rachel Notley a aujourd'hui le mandat d'en fournir la réponse.

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