Duel à droite

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La pression se faisait pressante sur Justin Trudeau et le Parti libéral. Depuis deux ans que le chef libéral parle en termes vagues que son parti en fera plus pour la classe moyenne que ses adversaires, il était temps d'être un peu plus précis et de mettre un peu de viande sur son programme électoral. Le quotidien LeDroit avait lui-même appelé le Parti libéral à « ouvrir son jeu » dans un éditorial publié il y a quelques jours à peine.

La publication du budget, le 21 avril, avait en quelque sorte tracé le programme conservateur avec une aide aux familles, le fractionnement des revenus pour toutes les familles et l'augmentation du plafond des contributions aux comptes d'épargne libres d'impôt (CELI).

Quant aux néo-démocrates sous Thomas Mulcair, ils avaient avant Noël dévoilé leur plan visant la création d'un réseau national de garderies financées par l'État, semblable à celui du Québec.

Première constatation : les trois grands partis visent à peu près tous le même électorat que l'on peut résumer en deux pans qui se chevauchent pas mal, les familles et la classe moyenne.

Comme nous avons une définition très approximative de ce qui constitue « la classe moyenne », une très grande majorité de Canadiens peut prétendre en faire partie. Selon certains, il suffirait d'un revenu de 40 000 $ par an pour se hisser au sein de ce groupe. Et bien des gens qui empochent plus de 100 000 $ par an sont loin de se considérer parmi les plus riches de la société.

Deuxième constatation : l'obsession des conservateurs à réduire les impôts a percolé jusque dans le camp libéral. Il y a 10 ans, sous Paul Martin, l'élément central du programme libéral était la création d'un programme national de garderies - à peu près exactement ce qu'espère mettre en place le NPD. Sous Stephen Harper, le Canada a viré à droite et les libéraux se sont résignés, consciemment ou non, à aller sur le même terrain que les conservateurs, celui de l'aide directe aux familles et aux contribuables.

Ce n'est pas tout à fait la fin d'un Canada plus juste comme le vantait Pierre Elliott Trudeau dans les années 1960, mais d'une adaptation à la réalité politique des années 2010. Nous assisterons à un duel à droite. Le Parti libéral de Justin Trudeau a estimé qu'il lui serait plus difficile de prendre le pouvoir en mettant de l'avant de grands plans ambitieux pour le Canada... qui lui vaudrait les attaques immédiates de ses rivaux de droite à l'effet que M. Trudeau ne rêve que de taxer davantage les Canadiens pour leur offrir des programmes d'État dont ils n'ont peut-être pas besoin.

D'ailleurs, les attaques ont commencé malgré tout. Pierre Poilièvre, le bouledogue conservateur et nouveau ministre responsable de la capitale, a vite qualifié le programme libéral de « Taxe Trudeau ». Même si dans la forme comme dans le fond, les libéraux ne font que proposer une autre manière de redonner aux familles canadiennes des sommes perçues dans leurs impôts.

Ce n'est pas la fin de tous les grands rêves libéraux mais c'est de toute évidence la fin de celui de l'universalité des programmes sociaux, un principe qui était au coeur de la « société juste » de M. Trudeau père. Aujourd'hui, la réalité des finances publiques constamment sous pression oblige le Parti libéral à proposer que les mieux nantis n'aient pas droit aux allocations familiales. Songera-t-il à leur couper les vivres du Régime de retraites aussi ? Il n'est pas farfelu d'y penser.

Le camp Trudeau commence à faire son lit. Il était temps. Il peut maintenant avancer du concret dans cette campagne électorale non officielle qui culminera le 19 octobre prochain.

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