Liberté surveillée

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Aujourd'hui, le monde souligne la Journée de la liberté de la presse. Au Canada, comme la démocratie avec laquelle nous sommes nés, nous tenons pour acquise cette grande avancée sociale. Pendant ce temps, dans une majorité de pays du monde, la liberté de la presse s'avère un concept si étranger que des milliards de personnes sur la Terre peuvent à peine imaginer ce que cela peut être, et comment une société peut fonctionner sur une assise si menaçante pour le pouvoir en place.

En fait, à peine 1 milliard de personnes vivraient dans ce club sélect de 63 pays où les médias sont libres, dont le Canada fait évidemment partie.

Ces chiffres sont colligés par l'institut de recherche américain Freedom House. Dans son plus récent rapport Freedom in the World, 199 pays sont évalués selon le critère de la liberté de la presse. Une forte majorité de pays imposent des contraintes sévères (65) ou modérées (71) sur l'information.

Personne ne sera surpris que cette échelle de libertés civiles se reflète dans des proportions similaires à la vigueur des démocraties dans le monde. Ces démocraties ne sont pas partagées également à travers le monde. Au Proche-Orient et en Afrique du Nord, la résistance au vote libre et aux libertés individuelles est particulièrement féroce, et en Asie aussi. Elles ne sont pas statiques non plus. Elles bougent un peu, d'année en année. L'année 2014 a vu la Tunisie passer dans le club des pays démocratiques, conséquence découlant du printemps arabe, mais qui n'a pas donné les mêmes résultats dans les autres pays frappés par ce vent de libertés.

Aujourd'hui, quelques journalistes souligneront la liberté de la presse au Canada. À Ottawa, le comité de la Journée de la liberté de la presse, auquel siège notre collègue caricaturiste Guy Badeaux, entendra le témoignage de Kathy Gannon, une journaliste canadienne qui a été blessée alors qu'elle faisait son travail en Afghanistan.

Si la situation est périlleuse dans les zones de guerre, elle est aussi sous surveillance dans une démocratie comme le Canada. Le projet de loi C-51, présentement à l'étude à la Chambre des communes, constitue une menace aux libertés civiles. Un vaste mouvement de protestation s'active depuis plus de deux mois contre cette initiative du gouvernement conservateur. Le mois dernier, LeDroit s'est opposé à ce projet de loi dans des termes clairs : « C-51 : projet de manipulation » (17 mars). Plutôt qu'une législation plus contraignante encore, nous endossions l'avenue d'un financement accru pour les forces de l'ordre.

Le récent budget fédéral du gouvernement de Stephen Harper est allé en ce sens ; sur le fond, il demeure intraitable.

Le Canada n'est pas un état policier mais il suffirait de quelques dérapages pour que la situation bascule dans le mauvais sens. Les libertés civiles, et la liberté de la presse, dont des valeurs auxquelles les Canadiens sont trop attachés - un peu sans le savoir - pour les mettre en péril.

Depuis neuf ans, ce gouvernement martèle le message d'une sécurité nationale menacée pour serrer la vis aux libertés civiles. Le temps a fait son oeuvre. Voltaire aurait dit : « Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ! ». Dans ce cas-ci, les conservateurs ne mentent pas mais interprètent les faits à leur manière.

Ils utilisent la menace terroriste comme un raccourci pour solidifier l'opinion publique derrière eux, à plus forte raison en cette année électorale fédérale. Heureusement, le Canada a encore une presse suffisamment libre pour décrier ces détours de leurs dirigeants, peu importe leur couleur, et à tous les niveaux.

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