Ouvrir son jeu

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Il n'y a pas 36 raisons pourquoi Justin Trudeau et le Parti libéral chutent dans les sondages, en particulier au Québec. Au-delà de certaines phrases passe-partout, les Canadiens ne savent pas ce que ferait M. Trudeau s'il était élu premier ministre.

Deux ans après sa victoire dans la course à la direction du Parti libéral, Trudeau fils demeure une énigme. Ce qu'il a révélé, c'est qui il était: ses origines familiales et sa relation avec son père premier ministre et sa mère rapidement divorcée, sa relation avec son épouse Sophie Grégoire, son rôle de papa. Quand il a eu l'occasion d'approfondir, il a parlé des valeurs qui l'animent.

Cela est fort bien, même divertissant parfois, mais il en faut bien plus pour aspirer à diriger un pays complexe et diversifié comme le Canada.

Lorsqu'il a eu à réagir sur des questions d'envergure nationale ou internationale, Justin Trudeau a trop souvent donné l'impression d'être mal préparé ou incertain. À la Chambre des communes ou ailleurs, ses idées paraissent au mieux approximatives, au pire bizarres - la Chine comme exemple de pays qu'il admire? Bref, il manque d'assurance et souffre des inévitables comparaisons avec son père, un homme d'une grande culture... Justin Trudeau n'a pas l'air d'un chef d'État. À ce chapitre, Stephen Harper et Thomas Mulcair le doublent. Le premier dégage l'expérience de ses neuf années à la tête du pays, à défaut d'avoir l'air sympathique. Quant au second, à la tête du Nouveau Parti démocratique depuis le décès de Jack Layton, ses états de service au cabinet à Québec et surtout, sa performance à la Chambre des communes, font de lui un rival sérieux, à tout le moins pour rafler le Québec.

Le Québec n'est pas le Canada, certes, et M. Harper a démontré à l'élection de 2011 qu'on peut former un gouvernement majoritaire sans convaincre les Québécois de voter pour nous. Mais le PLC n'est pas le Parti conservateur et les libéraux doivent absolument rafler quelques dizaines de circonscriptions au Québec s'ils veulent former le prochain gouvernement.

Convaincre les souverainistes québécois, quand on s'appelle Trudeau, relève du tour de force. Cela explique peut-être la résurgence du Bloc québécois dans les sondages. Mais il reste 80 % de la population du Québec qui pourrait considérer voter libéral. Pour cela, il faut les convaincre, et pour les convaincre, les séduire avec plus qu'une belle coupe de cheveux.

Le silence relatif de Justin Trudeau, si l'on écoute certains penseurs libéraux, tiendrait de la stratégie politique qui conseillerait qu'il n'est pas toujours sage d'ouvrir son jeu trop vite. Bien des Canadiens indécis ne décideront de leur choix électoral qu'au cours de la semaine qui précédera l'élection prévue le 19 octobre. Mais le Parti libéral ne doit pas attendre la fin de l'été avant de dévoiler les principaux pans de son programme. Au cours de l'été, les réunions familiales seront un moment propice pour les discussions et si Justin Trudeau n'a toujours rien à proposer de concret, il risque d'être trop tard lorsque la vraie campagne électorale démarrera.

Le dépôt du budget, il y a une semaine, a mis à jour l'état des finances publiques canadiennes. Depuis, on aura observé que le chef libéral a pris position contre l'augmentation du plafond des contributions au compte d'épargne libre d'impôt, une mesure qu'il dit n'avantage que les mieux nantis - et il a raison. Justin Trudeau doit poursuivre dans cette veine. S'il a des idées solides dont il veut convaincre les Canadiens, qu'il commence à dévoiler son jeu!

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