La stratégie patiente

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Le budget qu'a déposé le gouvernement de l'Ontario, jeudi, s'apprécie surtout en le comparant avec celui du Québec, livré il y a trois semaines.

Voici deux gouvernements libéraux dans leur approche générale, élus majoritaires la même année, confrontés à des déficits. Ils ont pourtant emprunté des trajectoires bien différentes depuis.

Au Québec, l'équipe de Philippe Couillard a choisi de précipiter le retour à un budget équilibré dès cette année. Pour respecter cet échéancier qu'il s'est lui-même imposé - en brandissant l'épouvantail des agences de crédit -, le gouvernement fait avaler aux Québécois un difficile régime de cheval. La population rechigne, se questionne sur ce qui reste de l'État-province qu'il s'est donné depuis 50 ans et conteste même le sens du mandat de rigueur budgétaire que les libéraux ont mis en place.

Rien de cela en Ontario, certainement rien de cette ampleur. Parce que le gouvernement de Kathleen Wynne a opté d'y aller en douceur dans sa lutte au déficit. Patiemment. Il se donne trois ans pour le faire, visant le déficit zéro en 2017-2018. Pourtant, il aurait eu de quoi paniquer. Son déficit prévu pour l'an passé dépassait les 12 milliards $. Le plan est de le réduire à 8,5 milliards $ en 2015-2016, puis à 4,8 milliards en 2016-2017.

Le message livré hier par le ministre des Finances, Charles Sousa, cherchait à insuffler de l'espoir chez les Ontariens. Dévoilé l'an passé, son programme d'infrastructures de 130 milliards $ sur 10 ans devrait améliorer la vie de tous les citoyens, dans tous les coins de la province, tant ceux qui utilisent le transport en commun que ceux qui pestent sur des routes congestionnées. Les hôpitaux, de nouvelles écoles et des réseaux d'eau sont aussi dans le collimateur des nouveaux projets.

Évidemment, cela ne se fera pas sans travailler à la fois dans la colonne des dépenses que celle des revenus. La vente partielle du système de transport d'électricité Hydro One et de d'autres propriétés jugées excédentaires donne l'impression d'hypothéquer la maison pour payer l'épicerie. Le gouvernement ne prévoit aucune nouvelle taxe ou impôt autre qu'un 100 millions $ sur la vente de bière que l'on rend plus accessible. La santé, la plus importante dépense de l'État, doit limiter sa hausse budgétaire à moins de 2 %, un tour de force. Les fonctionnaires se feront imposer deux autres années de gel salarial, ce qui ne passera pas bien.

Pour la francophonie, aucune mesure prévue même si publiquement, la ministre Madeleine Meilleur dit être en faveur d'une université franco-ontarienne et que l'offre postsecondaire dans le centre-sud-ouest sacrifie une cohorte de francophones à la majorité de langue anglaise. Rien non plus pour stimuler l'immigration francophone.

L'Ontario ne s'attaque pas à tous les problèmes en même temps, à l'opposé du Québec qui mène de vastes réformes dans tous les domaines. Mais en adoptant une stratégie de lutte au déficit étalée sur trois années, le gouvernement de Kathleen Wynne choisit de laisser le temps faire son travail. La reprise économique est bien nette aux États-Unis, la baisse du dollar canadien devrait stimuler les exportations du secteur industriel ontarien. Le plan est de bien gérer ce qui est déjà en place et de laisser du temps au temps plutôt que de saccager les acquis collectifs des Ontariens.

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