Encore le mépris

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Le gouvernement du Parti conservateur n'a jamais ressenti grande sympathie pour les fonctionnaires. Ni pour les institutions de l'État non plus. Il se chamaille avec la Cour suprême, il bafoue les traditions parlementaires, il fait porter le blâme de ses erreurs sur le dos des fonctionnaires, etc. Pas étonnant qu'il n'ait eu aucun scrupule à boucler son budget sur le dos de ces derniers !

Ce n'est évidemment pas tout le budget qui repose sur les économies de 900 millions $ que le gouvernement veut dégager dans leur enveloppe de congés de maladie. Le ministre des Finances Joe Oliver a eu besoin de presser tous ses citrons pour pouvoir présenter un surplus budgétaire. Stephen Harper avait planifié ce surplus depuis l'élection en 2011. Le retour à l'équilibre budgétaire se ferait au plus tard en 2015. M. Oliver s'est arrangé pour lui livrer. Et hop, 900 millions $ sont apparus dans la colonne des économies.

Comptabilité audacieuse ? Disons plutôt : mépris pour les fonctionnaires.

Parlons d'un parti pris plus global : mépris pour les travailleurs en général.

Voilà qui est particulièrement paradoxal. Ce gouvernement se gargarise de son affection pour cette « classe moyenne qui travaille fort pour boucler ses fins de mois » - mais il ne rate pas une occasion de tomber sur le dos des travailleurs qui veulent de bons salaires et de bonnes conditions de travail, justement pour garder leur place au sein de cette classe moyenne. Ceux qui réclament davantage « mettent l'économie canadienne à risque ». La menace d'une loi spéciale n'est jamais bien loin dans l'esprit de M. Harper, s'il peut l'invoquer.

Dans ces cas, les travailleurs deviennent des freins à la prospérité.

Pire : ils ne veulent que protéger « leurs privilèges », a accusé Tony Clement, le président du Conseil du Trésor, hier.

À ses yeux, un bon régime de congés de maladie équivaut à « un privilège ». « Entitlement », en anglais. Le mot n'est pas anodin. Il évoque encore des souvenirs dans l'esprit des contribuables quand David Dingwall, qui venait de démissionner de son poste de président de la Monnaie royale canadienne, a soutenu devant un comité du Parlement qu'il « avait droit à ses privilèges » (ou « entitled to my entitlements »). Non seulement venait-il de quitter son poste sous des allégations de dépenses indues, en plus il insistait pour qu'on lui verse toutes ses primes de départ ! Les conservateurs se sont servis de ça pour se faire élire en 2006.

Neuf ans plus tard, ils se servent du même artifice, cette fois pour noircir les fonctionnaires qui jouissent d'un généreux régime de congés de maladie. Un régime comparable chez bien des employeurs, du privé comme du public. Ils peuvent mettre en banque leurs 15 jours de congé de maladie annuels non utilisés . Comme celui qui veut se débarrasser de son chien dit qu'il a la rage, M. Clement laisse entendre que les fonctionnaires en abusent, prennent trop de congés. Ce sont des idées reçues que l'on entend depuis longtemps. Il y a un peu de vrai, un peu de faux, comme dans bien des choses.

Mais l'idée de Tony Clement est faite. Il a décidé qu'il allait charcuter le système. Il légiférera si lest pourparlers achoppent. Impossible de parler de négociation de bonne foi dans ces conditions. Lui aussi a reçu ses ordres de M. Harper : il faut couper dans les dépenses de l'État, fais ce qu'il faut.

Les fonctionnaires ruent et bougonnent mais n'ont pas l'habitude de faire la grève. Déterminé, le gouvernement le sait. Aussi bien dire que le sort des congés est aujourd'hui scellé.

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