Le budget de la raison

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Nous sommes en avril mais le budget que le ministre des Finances a déposé, hier, a été conçu à l'automne dernier... avec les élections du 19 octobre 2015 en tête.

En octobre dernier, le premier ministre Stephen Harper avait lui-même annoncé que le fédéral doublerait le crédit d'impôt pour la condition physique des enfants. Quelques semaines plus tard, il prenait la parole pour annoncer une bonification de ce que l'on appelait auparavant «l'allocation familiale». Du même souffle, il améliorait l'aide aux familles et réalisait sa promesse de permettre le fractionnement des revenus des jeunes familles.

Personne ne savait quelle carte le gouvernement conservateur sortirait encore de sa manche. Mais tout le monde s'est dit qu'il y en aurait d'autres.

Le prix du baril de pétrole avait déjà commencé à glisser, passant de 110 $ à 80 $. Puis, il s'est vraiment affaissé.

Là, les conservateurs ont commencé à avoir vraiment peur. Ils ont rangé leur jeu de cartes.

Quand la glissade s'est arrêtée autour de 50 $ le baril, où elle stagne, le ministère des Finances a dû refaire ses calculs. Le ministre Oliver s'est donné quelques semaines de plus.

Les annonces de M. Harper en octobre n'étaient pas des promesses; pas question de revenir en arrière. Les conservateurs avaient déjà engagé tous les surplus budgétaires pour couper l'herbe sous le pied des partis d'opposition. Ils ont vidé la caisse. Où les néo-démocrates trouveraient-ils les milliards que coûtera leur promesse d'un réseau national de garderies modelé sur celui du Québec, si ce n'est qu'en augmentant les impôts?

(Personne ne connaît les plans des libéraux.)

Sans autant d'argent qui rentre, le ministre Oliver a tout rogné pour arriver à son budget équilibré. Le prudent coussin de 3 milliards $ a été réduit; il a vendu les actions de General Motors; il a repoussé l'application de ses promesses à 2016 ou 2017; il a effacé la dette comptable des congés de maladie des fonctionnaires. Au final, le surplus n'est plus que de 1,4 milliard $, des poussières sur une enveloppe de 290 milliards $.

L'équivalent d'un surplus de 3 $ sur une paie de 1000 $.

Ce n'est pas un mauvais budget. Il livre les engagements du gouvernement; on ne leur reprochera pas de tenir leurs promesses!

Il y a peu de surprises. Pour deux raisons. D'abord parce qu'à peu près tout avait été annoncé d'avance, mais aussi parce qu'après 10 budgets, les Canadiens connaissent les trucs des conservateurs. Ils obsèdent à l'idée de baisser les impôts et fignolent des baisses d'impôt pour faire plaisir à ceux qui pourraient voter, ou votent déjà, pour eux. Nous appelons cela de l'électoralisme. Tous les gouvernements le font, sous Stephen Harper, les conservateurs sont simplement un peu plus habiles à le faire. Pas plus subtils, juste plus habiles.

Ce budget sans surprise ne passera pas à l'histoire. Rares sont ceux qui le font. Ce qui importe vraiment, tant pour les Canadiens que pour M. Harper, c'est le combat épique qu'il livre à Justin Trudeau et Thomas Mulcair. Il sait qu'il n'est pas le plus sympathique du trio mais se croit le plus fiable pour livrer ses promesses. Stephen Harper, l'homme de la raison, le jour du budget comme le jour des élections: voilà tout ce qu'il veut que vous vous rappeliez. Et que vous fassiez le choix le plus raisonnable, le 19 octobre prochain.

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