Les migrants de la mer

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À peu près rien ne freinera la volonté d'hommes et de femmes qui tentent d'échapper à un avenir qu'ils ne perçoivent comme bloqué. Même pas le risque d'y laisser sa peau.

Voilà pourquoi tant de migrants clandestins veulent fuir leur passé en prenant la mer sur des rafiots dangereux entre la Lybie et la petite île de Lampedusa, entre la Sicile et l'Afrique. Ils estiment qu'ils n'ont absolument rien à perdre. Ils sont disposés à sacrifier leur vie entière dans l'espoir que leurs enfants, à leurs côtés ou à naître, connaissent une vie meilleure, en sécurité.

Ils viennent d'un peu partout: d'Afrique noire, d'Érythrée, du Proche-Orient et d'ailleurs. Le régime de Mouammar Khadafi, en Lybie, freinait les élans des désespérés. Effondré, la côte méditerranéenne offre un champ libre à des «agents» qui offrent le passage jusqu'à Lampedusa. Ils profitent du désespoir sans bornes de ces gens qui rêvent à n'importe quoi d'autre que leur passé. Ils leur exigent des centaines de dollars pour ce très hypothétique passage vers un ailleurs incertain.

Si incertain, en fait, que des milliers y laissent leur vie. Depuis une semaine, plus de 1000 migrants noyés. Deux mille depuis le début de l'année. Des pertes astronomiques, certes, mais les aventuriers vers l'inconnu estiment que leurs chances sont assez bonnes. Chaque année, des dizaines de milliers réussissent cette traversée de 300 km - à peine plus de 24 heures! - à partir de la côte lybienne. Là, avec un peu de chance, on aura signalé leur position aux autorités italiennes qui les auront recueillis. Lampedusa, un îlot d'à peine 20 km carrés et de moins de 5000 habitants, est ainsi devenu une plaque tournante pour l'immigration. Le phénomène s'amplifie depuis quelques années.

L'Italie crie à l'aide; elle ne peut accueillir tous ces désoeuvrés sans le sou qui n'ont souvent ni papiers, ni formation, rien que des rêves en tête. L'Union européenne s'en lave les mains. Une fois en Italie, ces migrants clandestins peuvent se promener un peu partout en Europe, du moins au sein des pays de la zone que l'on dit «de Schengen» où les passeports sont une chose du passé. Alors c'est un peu le problème de l'UE aussi.

Cette semaine, l'ampleur de la catastrophe humaine ne peut être ignorée. Les chefs d'État ont multiplié les déclarations de sympathie envers les victimes; ils ont indiqué une volonté à parler du fond du problème. Voilà un premier pas bienvenu.

Toute mesure coercitive s'avérera pas mal illusoire. Impossible de policer toute la côte lybienne, ni d'endiguer les flots de réfugiés jusqu'au nord de l'Afrique. Prévenir l'émigration en en combattant la source? Illusoire ça aussi. Les désoeuvrés n'ont rien à gagner à rester, rien à perdre à partir. L'aide internationale aux pays en guerre civile, aux états faillis? Le Canada, par exemple, combat déjà les forces d'État islamique en Syrie et en Irak, et l'opinion publique se questionne sur le bien-fondé de cette mission. Le Canada, les États-Unis, l'Union européenne, l'Occident tout entier ne peut redresser les torts dans tous ces pays sans foi ni loi.

À partir de 1978, le Canada a accueilli des boat-people fuyant le Vietnam. Un effort humanitaire pour ces nouveaux migrants de la mer ne peut faire de tort; le Canada en reçoit déjà des milliers. Mais cela ne suffira pas. Un nouveau dialogue doit s'installer au sein de l'Union européenne, pour identifier un train de solutions diverses, en amont et en aval; de l'aide humanitaire, certainement. Mais ça, le Canada en donne moins. Aujourd'hui, jour de budget, nous en aurons une autre preuve.

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