De vieux réflexes

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L'Ontario a bien de la difficulté à ranger au placard ses vieux réflexes face à l'alcool. Le dernier exemple de cette timidité a été démontré jeudi lorsque la première ministre Kathleen Wynne a dévoilé un train de mesures pour moderniser le commerce de la bière.

Le monopole de la Régie des alcools de l'Ontario (LCBO) n'est pas différent de ce qui existe au Québec par exemple. Sur la LCBO, l'Ontario doit se demander s'il est possible, ou même souhaitable, de la privatiser en tout ou en partie. Il s'agit d'un profond débat à propos d'une société d'État et de son avenir. Le gouvernement en tire d'énormes profits qu'elle redirige vers d'autres priorités. S'il décidait de le vendre, il se couperait d'une source stable - même croissante - de revenus, avec comme principal bénéfice à court terme celui d'empocher des milliards dans une transaction avec le secteur privé. Cette décision a toujours été repoussée jusqu'ici, témoin de la frilosité des gouvernements successifs, même ceux des conservateurs qui, par définition, devraient être favorables à la privatisation des sociétés d'État.

Ce n'est pas le cas avec le commerce de la bière. Depuis la fin de la prohibition, en 1927, le réseau de distribution de la bière en Ontario a toujours été entre les mains du secteur privé. Les 447 magasins Brewers Retail, rebaptisés Beer Store, appartiennent à un consortium de trois brasseurs qui sont tous passés (en partie du moins) en des mains étrangères. Labatt retourne ses profits en Belgique, Sleeman envoie les siens au Japon, et Molson Coors les divise entre les Etats-Unis et le Canada.

Ce n'est pas comme si le gouvernement Wynne servait à protéger des entreprises ontariennes.

Non, le seul réel obstacle devant une réforme en profondeur de la distribution de bière réfère à une certaine crainte à l'idée qu'en amenant les pratiques commerciales de la bière au 21e siècle, cela encouragera la consommation et la dépravation de la société.

LeDroit n'estime pas que cette frilosité doive encore exister, mais il faut reconnaître qu'elle est ressentie par bien des Ontariens. Devant cette hésitation, le gouvernement Wynne y est allé d'une réforme somme toute timide. Surtout lorsqu'elle est mesurée à l'aune de ce qui est pratiqué au Québec, aux Etats-Unis - où sévit un libéralisme bien plus grand encore -, ou ailleurs dans le monde, où la bière est disponible presque partout, et à toute heure du jour.

L'Ontario a ainsi choisi la voie de l'étapisme, un phénomène familier aux souverainistes québécois. La stratégie est d'y aller une bouchée à la fois, une étape à la fois. C'est sans doute la politique du possible pour le gouvernement Wynne, qui devra imposer des sacrifices aux Ontariens pour atteindre le déficit zéro en 2017-2018. La première ministre ne veut certainement pas partir en guerre avec les contribuables sur une question personnelle comme la relation qu'ils entretiennent au sujet de l'alcool. Elle a déjà ouvert une brèche à ce chapitre en ramenant les cours d'éducation sexuelle à l'école. Il n'est nul besoin d'offrir aux Ontariens une raison de plus de lui en vouloir.

Dans tout l'exercice, il faut saluer la préoccupation constante du gouvernement de faire une place aux microbrasseries ontariennes qui poussent comme des champignons... et créent des emplois dans toutes les régions. Seul le monopole des Beer Store se dressait sur leur chemin. Dorénavant, leurs 4% de parts de marché devrait exploser.

Quant au commerce dans la région frontalière Québec-Ontario, il ne devrait pas bouger beaucoup. Les Ontariens auront encore bien des raisons d'acheter leur bière au Québec, à moins cher et un peu partout.

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