Apprendre la démocratie

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La crise de protestation qui secoue le Québec - et tout particulièrement l'Université du Québec à Montréal - n'a peut-être pas l'ampleur du printemps érable de 2012 mais certains débats ne sont pas moins polarisants.

Des étudiants se frustrent car ils ont l'impression de protester dans le vide, contre un gouvernement inflexible. En revanche, d'autres rechignent car ils ne peuvent suivre leurs cours. Des professeurs appuient un camp ou l'autre. Les directions de certains établissements ont fait appel à la police pour rétablir l'ordre public et modérer les ardeurs de casseurs cagoulés - étudiants, anarchistes ou autres. Des contribuables s'impatientent à l'idée qu'ils seront encore une fois ceux qui devront payer pour les pots cassés, que ce soit pour la reprise de cours ratés ou simplement pour nettoyer les dommages.

D'un département à l'autre, les étudiants se votent des journées, des semaines de « grève ». Les linguistes et les historiens sont invités à discourir sur l'à-propos du mot « grève ». Certains se réfèrent à son sens strict d'un mouvement de travailleurs, donc inapplicable ici puisque les étudiants ne reçoivent ni salaire ni ne contribuent à la création de biens ou de services pour leur institution d'enseignement. D'autres appliquent plutôt un sens élargi que l'on associe à toute protestation menant à la cessation des activités normales. Au-delà du débat sémantique, l'État québécois est pris avec un dilemme sur les bras : intervenir ou pas ? Les avis sont partagés, les risques de dérapage nombreux.

Des étudiants soutiennent que les universités sont des « sanctuaires » où la police ne doit pas intervenir, un peu comme les lieux de culte. L'analogie va trop loin et si les lieux de savoir sont et doivent être des lieux d'échange, ces rapports doivent se faire au niveau des idées, pas par la violence et l'intimidation. Pour plusieurs, il n'existe pas de différence entre la rue et l'agora de l'université ; ce sont des lieux publics. Mais quiconque peut se glisser dans une manifestation sur la rue ; dans une institution d'enseignement, les forces de l'ordre doivent montrer un peu plus de retenue dans leurs approches et leurs moyens. Cela dit, les casseurs qui détruisent des biens publics doivent être arrêtés.

L'expression de la démocratie étudiante en dérange beaucoup. Le gouvernement de Philippe Couillard se refuse à l'idée de l'encadrer. Il a raison. Mais pas parce que cela légitimerait le droit de grève étudiante de quelque façon. Il faut plutôt laisser le temps au temps. Ou comme le dit le péquiste Pierre-Karl Péladeau : « La démocratie doit faire son chemin. » Les étudiants sont en apprentissage de savoirs tout comme de leur rôle de citoyens. Notre système démocratique appelle à la tolérance de la dissidence, du respect des idées de l'autre. Cela s'apprend ; nous le constatons dans des sociétés où la démocratie est naissante : la dissidence est difficile à accepter. Ainsi, il faut laisser les étudiants québécois apprendre à maîtriser ces règles de la vie démocratique. Il faut tolérer leurs écarts, les votes à main levée, les franges radicales qui noyautent les communautés étudiantes. Tout en leur montrant qu'il y a d'autres manières de faire. Avec le temps, la sagesse populaire prévaudra. Si elle existe et a à le faire, la majorité silencieuse qui veut sauver son année scolaire se mobilisera.

Fixer des balises à cette démocratie étudiante évoque un paternalisme qui irrite la génération universitaire ; les plus vieux doivent se rappeler de leurs jeunes années et éviter de tomber dans ce piège qui envenimerait davantage le climat de ce printemps érable 2015, qui doit tirer ses leçons de 2012.

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