Dans son monde, Harper gagne

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Une autre décision de la Cour suprême sur une loi du gouvernement conservateur, une autre défaite pour Stephen Harper. Ou en est-ce vraiment une ?Non, car le premier ministre se sert habilement de ces revers à des fins politiques.

Il est tout à fait vrai de conclure que le gouvernement Harper perd, perd et perd encore lorsque certaines de ses législations les plus controversées se rendent jusqu'au plus haut tribunal du Canada. La liste est si longue que c'en est presque honteux: réforme du Sénat, nomination renversée du juge Marc Nadon, invalidation des lois sur la prostitution, rapatriement de l'enfant-soldat Omar Khadr, centres d'injection supervisée, durcissement des peines pour jeunes contrevenants, libération conditionnelle, Commission canadienne des valeurs mobilières...

Il y aurait là suffisamment de défaites pour provoquer une profonde remise en question des priorités de ce gouvernement, ou à tout le moins, du talent de son équipe de conseillers juridiques à créer des lois et les écrire de manière à ce qu'elles passent toutes les rampes, incluant celle de la Cour suprême. 

Ce n'est cependant pas la réaction du gouvernement Harper. À chaque fois, il reprend la même rengaine: nous ne sommes pas d'accord avec la décision de la Cour, mais nous allons la respecter. Au lieu de reconnaître son erreur, il s'enlise un peu plus loin.

Mais à leurs yeux, Stephen Harper et ses troupes n'ont pas l'impression qu'ils s'enlisent du tout dans la direction contraire du bon sens et de la sagesse des Pères de la Confédération et de 150 années de jurisprudence. Au contraire, ils sont convaincus que leur position EST le gros bon sens, envers et contre tout. Que leurs vérités soient mises à mal par la science, par des données de Statistique Canada ou par la Cour suprême, tout cela leur importe peu. C'est comme ça quand on croit posséder la vérité.

Non seulement s'entêtent-ils dans cette direction, ils s'en servent!

Toutes ces défaites aux mains de la Cour suprême nourrit leur discours contre «le gouvernement des juges» qui va à l'encontre du voeu de la population, et qu'eux seuls, les élus, savent ce qui est vrai et bon pour le peuple. Ils utiliseront ces arguments comme autant de raisons d'en appeler aux membres du Parti conservateur pour qu'ils leur envoient encore plus d'argent pour lutter contre ces juges non élus qui cèdent le bon sens au profit d'avocasseries et de procédures tatillonnes, longues et coûteuses.

Les souverainistes du Québec ont longtemps accusé la Cour suprême de «pencher du même côté», c'est-à-dire contre les intérêts du Québec. À quelque part, ils se servent de ces rebuffades pour se motiver entre eux. Stephen Harper et le Parti conservateur analysent les jugements avec un prisme similaire. Là où l'ironie dépasse la réalité, c'est que ce sont des juges qu'il a lui-même nommés qui lui font ces coups de Jarnac! 

Les indépendantistes pouvaient toujours se dire que les juges de la Cour suprême avaient tous été nommés par des fédéralistes qui ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre leur point de vue. 

Stephen Harper ne peut même pas dire ça. 

Mais Stephen Harper se dira, avec tout le sérieux qui peut le caractériser, qu'il a tout de même raison sur le fond, que les Canadiens savent et comprennent qu'il se bat pour leurs intérêts. Dans le cas de la décision d'hier, pour leur sécurité et contre les criminels. Fin de l'argument. Dans son monde, Stephen Harper vient de faire échec et mat, et voilà tout ce qui lui importe.

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