Déjà plusieurs conclusions

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Son procès doit durer au moins six semaines, mais les Canadiens en ont déjà suffisamment appris pour se faire une idée assez précise sur le sénateur Mike Duffy.

Ils attendront le verdict sur sa culpabilité quant aux 31 chefs d'accusation auxquels l'ancien journaliste fait face. Sur ce sujet bien précis, plusieurs informations manquent encore. Il faudra aller jusqu'au bout du processus pour en avoir une meilleure idée.

Résident d'Ottawa ou de l'Île-du-Prince-Édouard, ça importe peu; son sort est déjà réglé dans l'esprit des Canadiens. Il a omis sa responsabilité de voir à une sage gestion de l'argent des contribuables, qui ont raison de lui en vouloir.

Cela dit, il faut reconnaître qu'il n'a ménagé aucun effort pour le Parti conservateur qui l'a nommé au Sénat, et que les contribuables ont payé toutes ses dépenses reliées à une série d'activités partisanes. Jusqu'ici, dans l'histoire, la tâche qui échoit aux sénateurs n'a pas causé problème. Mais les choses vont changer; les dépenses partisanes doivent relever des finances des partis. Le prochain gouvernement n'aura pas le choix de clarifier le rôle des sénateurs et de modifier quelques règles de fonctionnement. Quant à ceux qui siègent à la Chambre haute, ils ne pourront s'opposer dignement au vent de réformes administratives qui s'imposent.

Tout le discours de certains à l'effet que le Parlement est à l'abri de l'oeil scrutateur du vérificateur général du Canada s'avère tout aussi dépassé. Les Canadiens s'attendent à ce que leurs parlementaires agissent avec parcimonie avec l'argent public et aucun argument contraire ne tiendra la route. L'absence de règles administratives et comptables ne peut continuer. Elle rappelle l'épisode de Lise Thibault, l'ex-lieutenant gouverneur du Québec, qui a imputé au trésor public des dépenses nettement inadmissibles, mais qui ont été remboursées. Elle a profité d'un flou administratif et de la timidité de la bureaucratie fédérale, qui n'osait pas dire non à la représentante de la reine. La même pratique semble avoir cours à la Chambre haute. Cela doit cesser.

Le Sénat a été créé pour faire contrepoids à la Chambre des communes, dont elle doit analyser les lois dans un esprit de sagesse indépendante des impératifs électoraux. Malheureusement, l'institution a généralement servi de récompenses pour les amis du régime, dont ils font les quatre volontés. L'honneur que l'on voulait reconnaître d'emblée aux sénateurs s'est vite évaporé. Tout le travail de réflexion qui peut s'effectuer au Sénat est passé sous silence et plusieurs Canadiens en ont conclu qu'il est au-delà de toute réforme. Cette position est relayée par le Nouveau Parti démocratique, qui suggère son abolition. Mais cela exige l'accord des provinces dont les intérêts sont grandement divergents sur la question. Plus d'un siècle de discussions sur une réforme en profondeur du Sénat n'ont donné aucun résultat. Il est à douter que cette plus récente crise de crédibilité du Sénat suffira à bâtir un consensus fédéral-provincial sur la direction qu'une nouvelle mouture de la Chambre haute pourrait prendre.

Le dernier à tenter le pari fut Brian Mulroney. Le libéral Jean Chrétien et le conservateur Stephen Harper n'en ont eu aucun appétit et semblent résignés à vivre avec; ils ont au passage abdiqué leur devoir de chef d'État.

Il faut espérer qu'une nouvelle génération de politiciens aura la vision, l'audace et le pouvoir de conviction pour accomplir ce qui est possible de faire avec le Sénat, quoiqu'il arrive de Mike Duffy...

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