Le départ d'un obscur député

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Député de Colombie-Britannique, James Lunney est demeuré un parfait inconnu pendant 15 ans. Cette semaine, son départ du caucus du Parti conservateur a attiré les regards à la fois pour les raisons qu'il a invoquées que pour le sens que cette décision prend en cette année électorale.

Stephen Harper est certainement très heureux de ne plus avoir cette épine dans le pied de son parti.

M. Lunney a périodiquement fait parler de lui dans un petit cercle de militants qui s'asticotent sur la théorie de l'évolution et le créationnisme. Il se range fermement dans le camp de ceux qui mettent en doute la théorie de l'évolution. Il est aussi un chrétien dévot, et créationnisme et ferveur religieuse vont souvent ensemble.

Pour le député de Nanaimo-Alberni, une circonscription au nord de Victoria, l'évolution de l'espèce humaine n'est qu'une justement qu'une théorie, qu'une hypothèse. Il y a quelques années, il expliquait ainsi sa position : « La science établit des faits par l'étude de phénomènes observables et que l'on peut reproduire. Puisque nous ne pouvons reproduire ni constater l'origine de l'espèce [NDLR : la création de la première cellule], cela demeure une hypothèse. »

Personne ne sera surpris d'apprendre que les mouvements anti-avortement comptent sur son appui solide, ainsi que ceux qui s'opposent au mariage des personnes du même sexe.

Mais les Bleus ont de la difficulté avec leur base chrétienne, à laquelle fait aussi partie Pierre Lemieux, le député de Glengarry-Prescott-Russell. Ces électeurs sont souvent insatisfaits que Stephen Harper n'a pas imprimé au Canada un programme social nettement à droite.

Si le premier ministre a multiplié les lois sur la loi et l'ordre, notamment sur le contrôle des armes à feu, il a été plus timide sur les questions sociales. Il a réprimé les appels à restreindre l'avortement au pays, n'a pas donné suite à ceux réclamant le retour de la peine de mort, et ignoré ceux voulant mettre fin au mariage gai. Dans une large mesure, il s'est concentré sur les questions d'ordre fiscal : moins de gouvernement et moins de fonctionnaires, la réduction des impôts des Canadiens et des entreprises, l'érosion des barrières pour le secteur privé - notamment les lois sur l'environnement, etc.

À chaque réunion du caucus conservateur, la présence de James Lunney rappelait en quelque sorte à Stephen Harper qu'il y a des mécontents dans son camp.

L'élection de l'automne peut sembler bien lointaine pour les Canadiens, les grands partis préparent leurs programmes et leurs équipes depuis des mois. Des centaines de candidats sont déjà choisis et les messages des organisations sont à se peaufiner. Elles éliminent ceux qui chantent faux.

James Lunney avait déjà averti son parti et ses commettants qu'il ne se représenterait pas. Mais il l'a fait de flamboyante façon en se plaçant dans le camp des victimes de délit d'opinion. En attaquant la classe politique « hostile à une vision chrétienne du monde ». Ses doutes sur l'évolution ont suscité d'énormes réactions, généralement négatives. Il clame que cela « a été grossi par les médias ».

Pourtant, quiconque soutient des idées controversées - et fortement minoritaires - devrait s'attendre à ce qu'elles soient contestées. Ce qu'il n'apprécie pas.

Après 15 ans dans l'obscurité à Ottawa, la présence de James Lunney rappelle que le Parti conservateur compte encore des candidats aux idées socialement trop à droite par rapport à ceux qui le dirigent. Son départ sera bienvenu pour Stephen Harper qui espérera que les Canadiens l'auront oublié le jour des élections.

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