Fragile équilibre

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Il y a un air triomphant dans les rangs du gouvernement libéral avec le dépôt de ce premier budget équilibré en six ans au Québec. Cela se comprend: Philippe Couillard et son équipe économique ont travaillé fort au cours des derniers mois pour renverser la direction des dépenses publiques qui va toujours en croissant.

Ils ont relevé le défi de revenir à l'équilibre budgétaire et compte tenu que cela n'a été accompli que six fois au cours des 40 dernières années, il y a de quoi être fier. Mais pas trop.

Parce qu'au-delà de l'éreintant et bouleversant travail d'aligner les chiffres sans avoir recours à l'encre rouge, le fardeau de toutes les réductions de budget sera porté par l'ensemble de la population québécoise. Et ce poids sera lourd, très lourd, et pèsera sur ses épaules pendant quelques années au moins.

Le ministre des Finances Carlos Leitao doit tout de même être félicité d'avoir su respecter un trio d'engagements. Pas de déficit dès cette année 2015-2016, pas de nouveaux impôts ni de nouveaux tarifs (il en avait déjà prévu plusieurs l'an passé). Il aurait été bien plus facile de faire comme d'habitude et hausser la taxe sur l'essence (compte tenu de la baisse du prix à la pompe), ou d'introduire de nouvelles taxes sur les péchés populaires que sont l'alcool, le tabac ou les gains de loterie. Il aurait aussi pu suivre la recommandation de la Commission Godbout sur la fiscalité et hausser la taxe de vente... sans une baisse équivalente des impôts des particuliers, sous prétexte que 2015 représente un défi spécial et unique. (Mais à peu près toutes les années le sont.)

Peut-être n'est-ce que partie remise après tout. Le gouvernement s'est donné l'année pour digérer ce rapport Godbout.

Non, M. Leitao a résisté à tous ces appels à la facilité. S'il réussit à plafonner les hausses de dépenses en éducation à 0,2%, et celles en santé à 1,4%, il s'agira là d'incroyables faits d'armes parce que personne n'a pu le faire dans le passé. D'ordinaire, pour ces deux principaux débours de l'État québécois, on commence la hausse avec l'Indice des prix à la consommation... plus, plus, plus, etc.

Finalement, ce budget tient sur trois pattes d'une table qui peut vite devenir instable. La première, c'est la réaction de la population parce qu'il n'est pas vrai que le gouvernement pourra mettre le couvercle sur la marmite sans une baisse sensible des services. Comment les Québécois réagiront-ils à un État providence moins généreux? En santé, par exemple, le ministre Gaétan Barrette veut nous faire croire que ses réformes sauront mettre les Québécois à l'abri: nous en doutons.

La seconde patte consiste à convaincre les employés de l'État à consentir des économies de salaire. Du médecin au directeur d'école en passant par le fonctionnaire, tous seront appelés à geler leur salaire, ou à reporter les hausses vers l'avenir. Rien n'est sûr.

La troisième patte, c'est la foi dans l'avenir. La confiance qu'une reprise économique se pointe le bout du nez. Par chance, il y a des indices positifs: la baisse du dollar canadien et le redémarrage de l'économie américaine peuvent faire exploser les prévisions économiques, doper le PIB au-delà du 2% attendu et gonfler les revenus de l'État. Cela solidifierait la table du Québec et procurerait au ministre Leitao, et du même coup à tous les contribuables, la marge de manoeuvre dont il aura besoin pour faire respirer les finances publiques jusqu'aux prochaines élections, en 2018.

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