L'austérité aveugle

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Moins d'avortement au Québec à cause du projet de loi 20 ? Moins de contenants pour collecter les seringues usagées ?

Le ministre québécois de la Santé Gaétan Barrette déplace beaucoup d'air et bouscule les pratiques du système de santé. Mais gageons qu'il n'a pas mené sa campagne électorale avec l'objectif de réduire l'accès à l'avortement, ni de revivre la panique de parents dont les enfants ont joué dans un parc jonché de seringues souillées.

Nous constatons ici les conséquences parfois perverses des mesures d'austérité lorsqu'elles sont appliquées aveuglément, avec le regard strictement pointé sur la colonne des dépenses.

La directive du Conseil du trésor est claire et limpide : le Québec doit réduire ses dépenses s'il veut éviter un déficit, ce que le ministre des Finances Carlos Leitao devrait confirmer en déposant son budget, aujourd'hui.

L'ordre de réviser les enveloppes budgétaires fait ainsi son chemin : du Conseil du trésor jusqu'au ministre, puis aux sous-ministres adjoints qui sont chargés de dégager les économies à la hauteur des attentes du Conseil du trésor, et dans les enveloppes où les coupures feront le moins mal. Ou en appliquant des réductions équivalentes à tous les services, par souci d'équité.

C'est ainsi que l'on se retrouve avec une mesure administrative (le plafonnement des actes médicaux) qui vient en choc avec un droit durement et chèrement acquis par des générations de femmes : celui de l'avortement libre et gratuit. C'est pourquoi la réaction à un article du quotidien Le Devoir qui fait état de la menace au droit à l'avortement a été si virulente, si forte. Et il faut y faire écho.

L'avortement n'est pas une forme de contraception. Les femmes ne s'y soumettent pas de gaieté de coeur.

C'est douloureux et il y a de (faibles) risques de séquelles permanentes. L'interruption volontaire vaudra toujours mieux que l'alternative pour les femmes qui ne désirent pas mener leur grossesse à terme : l'avortement clandestin, l'exil, l'enfant non désiré.

Quant à l'accès aux contenants collecteurs de seringues, nous parlons ici d'une mesure de prévention qui ne coûte rien par rapport aux dépenses que peut provoquer un seul enfant rendu malade par l'étourderie d'un junkie.

Ces conséquences imprévues de l'austérité imposée d'en haut doivent être corrigées rapidement par le ministre de la Santé. À moins qu'il ne veuille passer pour le fossoyeur de l'avortement libre et gratuit au Québec. Il en a déjà suffisamment dans son assiette sans ajouter cette tâche impossible.

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