Toute vérité...

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Pierre Karl Péladeau s'est encore une fois attiré les foudres de la classe politique, une mauvaise habitude qui pourrait lui coûter cher dans sa jeune carrière publique.

Cependant, au-delà de la rectitude politique, les faits lui donnent raison sur le fond. Il est une réalité inattaquable que les membres des communautés ethniques sont timides dans leur appui à la souveraineté. L'option de l'indépendance est à peine plus populaire chez les néo-Québécois qu'au sein de la communauté anglophone.

Le Québec accueille environ 50000 immigrants par année. Le favori dans la course à la direction du Parti québécois connaît ses mathématiques et fait le parallèle avec la population moyenne d'une circonscription québécoise. Ce qui lui fait dire «qu'avec l'immigration, c'est certain qu'on perd un comté par année».

Chaque année qui passe, ce sont 50000 votes de plus qu'engrangent majoritairement les partis fédéralistes, donc. Il s'agit d'une grossière approximation, mais elle n'est pas fausse pour autant.

Par ailleurs, les appuis au PQ se retrouvent de plus en plus chez les aînés. Cela se voit lors des réunions du parti, où les têtes blanches sont en majorité. Un sondage CROP, l'an dernier, indiquait clairement que le PQ ne récoltait que l'assentiment de 16% des 18-24 ans, et que l'option d'indépendance ne réunissait que 31% d'appuis dans cette catégorie. Les jeunes rêvent de mondialisation plus que de créer le pays du Québec.

Dans cette optique, il n'est pas difficile de comprendre l'empressement de PKP de mener le Québec vers un référendum. S'il veut le remporter, il se dit qu'il faudra le faire pendant que les aînés sont encore là. De là son commentaire à l'effet que «nous n'avons pas 25 ans devant nous». En 2040, les aînés qui forment le gros des supporters de la souveraineté ne seront plus là et la génération qui monte n'est pas convaincue que la séparation soit la voie à suivre pour le Québec.

Toute vérité n'est pas bonne à dire. Et M. Péladeau subit depuis cette phrase à la fois les foudres de ses adversaires des autres partis que celles des autres candidats à la direction du Parti québécois.

Ce qui ne veut pas dire qu'il ait tort pour autant.

Cependant, ce n'est pas avec une telle mentalité défaitiste que le PQ et les autres forces de la souveraineté feront le plein d'appuis dans un Québec ouvert et inclusif. Si PKP veut bâtir un pays, il n'inspire personne en trahissant son urgence à enclencher un processus référendaire avant qu'il ne soit trop tard. Ça ressemble un peu à la cage aux homards de Jacques Parizeau...

Pour réussir son projet de souveraineté dans un Québec moderne et de plus en plus multiethnique, le PQ doit trimer dur pour convaincre le plus de Québécois de toutes les races, de toutes les générations et de toutes les orientations politiques de l'appuyer. La pente sera abrupte au sein des communautés anglophones et ethniques, mais ce n'est pas nouveau: le PQ est confronté à cette frilosité depuis sa création. Les anglophones sont plus attachés au Canada qu'au Québec, ils craignent de disparaître ou d'être poussés à l'exil. Les Québécois des communautés culturelles, quant à eux, ont souvent quitté des contrées en guerre et ils apprécient particulièrement leur pays d'accueil pour sa stabilité: appuyer un bouleversement constitutionnel va à l'encontre de ce sentiment.

La tâche sera ardue pour le Parti québécois. Mais les anglophones et les néo-Québécois ne sont pas moins Québécois que les «pures laines» et leur vote a le même poids. Au lieu de les stigmatiser, Pierre Karl Péladeau devrait les convaincre que son talent en affaires leur assurera un avenir prospère, davantage même dans un Québec indépendant.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer