La seconde phase

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Il n'y a pas une obligation constitutionnelle, ni même de tradition parlementaire pour un gouvernement de consulter les élus avant une participation militaire canadienne. Au plus y a-t-il maintenant une nouvelle habitude à le faire, et elle est bienvenue. C'est donc avec soulagement que LeDroit accueille la nouvelle à l'effet que la Chambre des communes sera consultée quant à la prolongation de la mission canadienne contre l'État islamique.

C'est ce qu'a annoncé le premier ministre Stephen Harper, hier. Une annonce bienvenue, donc.

M. Harper n'a pas toujours fait montre d'une ouverture à la consultation des parlementaires. Peut-être que minoritaire, craignait-il de perdre un vote même symbolique aux mains des partis d'opposition qui se seraient ligués contre son Parti conservateur. Aujourd'hui à la tête d'un gouvernement majoritaire, il n'a plus rien à craindre de ce côté. Mais justement, il pourrait agir en dictateur et imposer ses vues en faisant fi des avis de ses adversaires politiques.

Stephen Harper choisit aujourd'hui de passer par la voie parlementaire pour entériner cette seconde phase de la participation du Canada à la lutte contre les rebelles islamiques sous la férule d'Abou Bakr al-Baghdadi. Il faut l'encourager dans cette direction.

Certains pourraient croire que justement parce que les conservateurs sont majoritaires en Chambre et au Sénat, toute discussion n'est que de la poudre aux yeux.

Au contraire, c'est une occasion pour tous les Canadiens d'en apprendre plus sur ce que nos Forces armées tentent d'accomplir au Moyen-Orient.

Car le gouvernement Harper doit être plus précis que lorsqu'il a autorisé, en octobre dernier, une mission de six mois contre l'État islamique, aussi connu sous le vocable Daech. La Chambre des communes s'est fait dire que 600 militaires seraient déployés en Irak, qu'ils seraient équipés de six chasseurs F-18 et de deux avions de surveillance CP-140, ainsi qu'un bateau ravitailleur. Pas question de frappes au sol, juste des interventions aériennes. Le premier ministre a parlé de stopper les troupes d'État islamique mais cet objectif est vague. Voulait-il dire les éliminer totalement ? Ou simplement de mettre fin à l'expansion du territoire sous contrôle des islamistes ? Le rétrécir ? Jusqu'où ?

C'est pourquoi, aujourd'hui, les Canadiens sont incapables d'évaluer si les objectifs de l'intervention canadienne - qui a coûté 122 millions $ jusqu'ici - ont été atteints.

Stephen Harper doit profiter de la demande qu'il entend faire aux élus de tous les partis pour dresser le bilan le plus complet de la participation canadienne à cet effort multinational de lutte antiterroriste. Et il doit énoncer de façon claire quels seront les objectifs pour cette seconde tranche qui durera certainement plus que six mois puisque cette échéance surviendrait en pleine campagne électorale fédérale. Il faut s'attendre à une prolongation de neuf ou 12 mois, et à des interventions qui pourraient se faire en sol voisin, en Syrie.

Le noeud de cette guerre que plusieurs sont frileux d'appeler ainsi, c'est que justement, la menace des forces d'État islamique paraît bien difficile à annihiler. Ses militants peuvent aisément se terrer et se métamorphoser en force souterraine et clandestine, et attendre un moment plus propice pour reprendre les combats. 

Ce genre d'adversaires militaires s'est avéré dans le passé extrêmement difficile à anéantir. Le Canada et ses alliés dans cette entreprise bien incertaine ne font pas face à une armée traditionnelle : raison de plus pour bien définir ce que nos Forces armées peuvent accomplir sur ces terres inhospitalières.

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