C-51, projet de manipulation

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Stephen Harper rit dans sa barbe. Et il espère rire ainsi jusqu'à l'élection fédérale du 19 octobre prochain. Tant qu'il peut encourager les Canadiens à déchirer leur chemise sur le port du niqab et son projet de loi C-51, plus les chances de réélection du Parti conservateur se solidifient. Les électeurs qui perçoivent une menace se replient derrière le statu quo et réélisent le parti au pouvoir. C'est psychologique et M. Harper joue la carte à fond dans l'espoir d'une quatrième victoire d'affilée.

Voilà maintenant six semaines qu'il a dévoilé le durcissement des politiques de son gouvernement en matière de sécurité - le projet de loi C-51 -- et les sondages illustrent un appui croissant. En fait, la remontée du PC date de l'attaque de Michael Zehaf-Bibeau sur la Colline parlementaire.

Stephen Harper ne peut que souhaiter que plus de la même chose : plus de Canadiens effrayés par la perspective d'une autre attaque terroriste, plus des fondamentalistes musulmans qui demandent des assouplissements comme porter son niqab (un voile complet qui ne laisse entrevoir que les yeux) lors d'une cérémonie qui célèbre la citoyenneté et incarne en filigrane les valeurs occidentales d'accueil et de tolérance.

Tout cela fait de M. Harper un politicien encore plus populaire. Ou du moins, le croit-il.

La stratégie des conservateurs consiste à polariser la population canadienne autour d'une question ou d'une autre.

Peu après leur première élection, en 2006, les conservateurs ont réussi à se positionner comme la seule véritable option d'intégrité pour nettoyer les moeurs politiques au pays après le scandale des commandites. Puis ce fut le temps d'abolir le Registre des armes à feu. Puis le temps de s'attaquer à l'éphémère coalition des partis d'opposition qui incluait, ô scandale, les séparatistes du Bloc québécois. Puis le temps d'aider les familles de la classe moyenne.

Aujourd'hui, c'est la menace terroriste qui a bon dos.

La députée néo-démocrate de Hull-Aylmer, Nycole Turmel, l'a bien perçu. Quand des gens manifestaient contre le projet de loi C-51, elle confiait : « Les gens sont inquiets et si tu poses la question : veux-tu plus de sécurité, ils vont dire oui et c'est normal. Mais quand on leur explique les détails du projet de loi, c'est une autre histoire. »

C-51 va trop loin. Il empiète sur les libertés civiles des Canadiens en donnant de trop larges pouvoirs d'enquête aux autorités, sans doter les organismes de surveillance d'équivalents contrepoids. Comme LeDroit l'avisait déjà en janvier, les forces de l'ordre ont bien plus besoin de ressources supplémentaires que d'une loi tous azimuts pour mener à bien leurs multiples enquêtes.

Mais ce gouvernement conservateur n'est pas dans la nuance. Au lieu de chercher les compromis bâtis sur des avis sages de toutes les instances qui pourraient lui porter conseil, il les écarte sous prétexte que tous les opposants à C-51 sous sa forme actuelle sont des complices des terroristes.

Cela rappelle un autre projet de loi conservateur, en 2012, visant les prédateurs d'enfants sur Internet : tous ceux qui n'applaudissaient pas étaient accusés de sympathie avec les abuseurs.

Stephen Harper ne veut voir le monde qu'en noir ou en blanc. Pas parce qu'il en est incapable, mais parce ce que cela lui sert pour diviser l'opinion publique. Cela n'est pas la marque d'un grand chef d'État, mais d'un sombre manipulateur.

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