Inconcevable

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Les terrains des plaines LeBreton ont une importance historique régionale. Ce fut un quartier ouvrier, à forte population francophone, qui a été rasé en 1962 pour faire place à un grand développement à proximité du centre-ville d'Ottawa. L'indécision des gouvernements successifs a bloqué tout projet de revitalisation, jusqu'à tout récemment.

La Commission de la capitale nationale, qui gère ces terrains, a déclenché l'an dernier un vaste appel public pour sonder l'intérêt de partenaires et leur vision quant à sa relance. Elle a dévoilé récemment quatre scénarios appuyés par des entreprises du secteur privé. Les idées sont encore nébuleuses mais s'articulent chacun autour d'une infrastructure principale, des parcs, etc.

Juste à côté des plaines LeBreton se trouve le secteur des chutes de la Chaudière, 37 acres de terrains à cheval sur la rivière des Outaouais. Des terres qui ont une importance historique millénaire. Le chef de la communauté autochtone Kitigan Zibi, Gilbert Whiteduck, a encore qualifié l'endroit de «lieux sacrés».

Même le patron de la CCN, Mark Kristmanson, a qualifié l'endroit de «beauté naturelle».. avant d'ajouter que «cette histoire vient avec une responsabilité que nous partageons tous, vous comme gens d'affaires et nous comme représentants des gouvernements fédéral et locaux». Un gouvernement fédéral dirigé par des conservateurs qui s'opposaient pour des raisons financières - et politiques... pourquoi encore favoriser Ottawa? - à ce que le passé industriel récent des îles soit exploité en un nouveau Musée des sciences et de la technologie.

Ce caractère particulier des chutes de la Chaudière ne signifie pas qu'il doit être converti en parc commémoratif pour la postérité. Cela signifie au moins que les gouvernements en place devraient prendre toutes leurs précautions sur la vocation de ce joyau géographique. 

Il semble donc inconcevable que nous prenions collectivement toutes ces précautions dans le cas des plaines LeBreton, et si peu dans celui des chutes de la Chaudière.

Pourquoi un appel d'intérêt national dans un cas et une précipitation à confier le tout à une entreprise privée dans l'autre cas?

Il s'agit là d'un non sens... qu'il est malheureusement bien tard pour corriger. 

Certes, l'entreprise dirigée par Jeff Westeinde a pondu un très beau et très attirant projet qui allie espaces commerciaux, bureaux et résidences ainsi que des espaces verts. Cela doit se faire dans le respect de quelques édifices industriels qui ont une valeur patrimoniale assurée. Pour pérenniser la présence autochtone, il l'a rebaptisé «Zibi», qui signifie rivière en langue algonquine.

Mais appelons un chat un chat. Le projet Windmill n'est qu'un autre projet immobilier multi-usages. Plus respectueux au plan de l'environnement et plus beau que bien d'autres, soit, mais en rien de fondamentalement différent. Et il ne comporte aucune garantie: de la promesse d'un «investissement de 1 milliard $», tout est rédigé au conditionnel. La vigueur de l'économie régionale et du marché immobilier décidera du rythme de construction, a reconnu M. Westeinde. 

Ce qui signifie que l'échéancier qui s'échelonne jusqu'en 2030 est purement hypothétique. Cela pourrait prendre 10 ou 15 ans de plus, et ça pourrait même ne pas se faire du tout. 

Si le projet Windmill-Zibi se vend au même rythme que plusieurs autres tours à condos à Ottawa et Gatineau, la population pourrait attendre longtemps une bien incertaine phase II.

Personne ne souhaite cela. Mais il faut savoir distinguer les garanties et la poudre aux yeux, ce que la société Windmill a lancée jusqu'ici pour mettre la main sur des terrains d'une valeur inestimable.

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