Parlons sexe

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Peut-être sentait-il l'opinion publique de l'Ontario lui glisser entre les doigts, le fait demeure qu'en 2010, Dalton McGuinty a cédé devant les pressions d'une partie de l'électorat sur une réforme du curriculum portant sur l'éducation sexuelle au niveau primaire.

Des parents socialement conservateurs, appuyés par des mouvements religieux, s'opposaient à ce que les enfants soient témoins de tels propos sur la sexualité. Pour ces gens, les familles sont les vrais spécialistes de l'éducation et il n'est pas question de céder au système public ce pan si crucial de l'éducation.

Voilà, en passant, un refrain cher au premier ministre du Canada, Stephen Harper, qui répète souvent que les parents sont ceux qui connaissent le mieux comment élever leurs enfants, pas les pédagogues et tous ces « spécialistes » de l'éducation.

Le gouvernement de Kathleen Wynne, fort de sa majorité acquise il y a moins d'un an, se sent assurément plus solide que celui de son prédécesseur. La ministre de l'Éducation, Liz Sandals, a déposé un nouveau curriculum d'éducation sexuelle, hier, qui fera couler beaucoup d'encre au cours des prochains jours, et peut-être au-delà. C'est que cette fois, le gouvernement libéral semble bien décider à résister aux pressions des groupes opposés à un discours ouvert sur la sexualité.

Nier cette ouverture, c'est se mettre la tête dans le sable. Et l'apparition de nouveaux phénomènes liés à la sexualité depuis la dernière réforme de 1998 devrait convaincre les Ontariens qu'il n'est pas dommageable pour les enfants de parler de sexualité dans un cadre d'apprentissage indépendant de la charge émotionnelle des parents. Et cela ne les encourage pas non plus à vivre des activités de nature sexuelle de manière plus précoce.

La prolifération des téléphones intelligents permet aujourd'hui à des millions de personnes d'échanger des messages texte gratuitement (« textos » ou « SMS »), parfois à contenu sexuel : ce phénomène, baptisé « sextage », n'existait évidemment pas en 1998. Ni cette flopée de nouveaux médias sociaux qui, pour certains, sont autant de vecteurs de discussions et d'échanges d'image de nature sexuelle. Pensons au site de partage de photos éphémères Snapchat, le site d'échanges de textes anonymes Yik Yak, le site de photos Instagram, le babillard virtuel Pinterest, etc. Sans parler de contenu pornographique sur Internet accessible avec quelques mots clés faciles à imaginer, ou à la télévision, même à des heures de grande écoute.

À défaut de pouvoir stopper ces images, ou de tout faire pour en décourager la propagation, il apparaît plus sage de progressivement outiller les enfants à décoder tout cela, avec le bon vocabulaire, et en leur inculquant les notions de respect et de consentement. Et comme ce ne sont pas toutes les familles qui le font, la société fait bien de prendre les moyens de le faire au nom de tous.

Par pudeur, nos parents se sont tus pendant trop longtemps ; le silence n'est pas la solution de préférence.

Nous ne pouvons pas non plus toujours ignorer ce qui se passe dans nos communautés, aux « nouvelles » familles avec deux mamans, ou deux papas... ou trois !

Les enfants sont au courant de tout cela, ce sont les familles de leurs amis d'école, du parc. Il faut répondre à leurs questions avant qu'ils n'osent les poser, lorsqu'elles fourmillent dans leurs têtes. Il faut aussi outiller les enseignants pour y répondre et c'est à cela que la réforme de l'éducation sexuelle servira. Cette fois, elle doit être menée jusqu'au bout.

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