Un rapport bidon

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Les Ontariens ne sont quand même pas des cruches. Quand un comité dominé par des membres du parti au pouvoir tente de faire la lumière sur un scandale, personne ne s'étonnera que les conclusions sont clémentes à l'endroit de ce même parti.

Voilà exactement ce qui se produit cette semaine, à l'Assemblée législative de l'Ontario. Un comité de députés a déposé son rapport sur le scandale des centrales au gaz, sous l'administration Dalton McGuinty. Comme les libéraux sont majoritaires au Parlement, ils sont aussi majoritaires au sein de ce comité. Son bilan « officiel » comprend donc des recommandations qui sont bien gentilles à l'endroit du Parti libéral de l'Ontario.

Voilà le genre de travail qui mine à la fois la foi du public dans leurs institutions et la crédibilité des parlementaires. Et pas que ceux de l'Ontario, tous ! Parce que la population ne fait pas toujours la différence entre des politiciens provinciaux, municipaux ou fédéraux ; ce qui entache l'un entache l'autre, comme des vases communiquants.

Le premier indice d'un rapport bidon est bien en vue, sur la première page. Appréciez le titre : « Rapport provisoire - La conclusion du président sur une question de privilège jugée fondée de prime abord relative à la présentation de documents et l'étude des questions relatives aux centrales au gaz de Mississauga et Oakville ».

Ouf.

Les auteurs ont tout fait pour camoufler les mots « centrales au gaz » en les précédent d'un charabia administratif et procédurier.

Le Parti québécois devrait prendre leurs noms en note pour rédiger la prochaine question référendaire ; ils ont du talent pour confondre le lecteur.

Mais il y a mieux. Les plus hardis qui oseraient poursuivre ne sont pas confrontés à un rapport factuel qui, comme une composition de l'école primaire, introduit son sujet, le développe à partir de faits, puis conclut élégamment. En lieu et place, une centaine de pages qui cèdent une large place à des témoignages d'acteurs plus ou moins périphériques à la question.

La version de M. McGuinty n'y apparaît pas. Non plus celle de son chef de cabinet David Livingston qui aurait commandé que soient effacés des ordinateurs du gouvernement toute trace du dossier des centrales au gaz.

En lieu et place, des pages et des pages de verbiage administratif sur les procédures de divulgation de documents gouvernementaux, et de verbiage technique sur les centrales au gaz. Certes, il n'est pas totalement inutile que les élus s'attardent aux preuves papier du dossier et du devoir de transparence d'un gouvernement. Tout comme il est utile d'en savoir davantage sur les réels effets environnementaux d'une centrale au gaz... surtout si l'on a décidé de la placer en pleine ville !

Mais ce discours obscur prend toute la place. C'est tout juste si les députés qui ont fait savoir leur dissidence sur ce rapport biaisé ont obtenu une page pour en faire état.

La vérificatrice générale de l'Ontario a commencé à lever le voile sur cette affaire. Elle a estimé « jusqu'à 1,1 milliard $ sur 20 ans » le coût de cette décision pour les contribuables. La Gendarmerie royale du Canada a ouvert une enquête il y a presque deux ans. De là viendront les vraies réponses sur le scandale des centrales au gaz.

Entre-temps, c'est un départ sur les chapeaux de roue pour les élus de Queen's Park, qui revenaient au travail cette semaine après une (très) longue pause des Fêtes.

Sous peu, le gouvernement de Kathleen Wynne déposera son budget 2015. Et l'on ne parlera plus de ce rapport bidon.

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