Les 50 ans du drapeau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Le 50e anniversaire du drapeau du Canada, célébré dimanche le 15 février, a mis en lumière certains faits qui ne devraient pas être escamotés derrière un rideau de confettis ou une larme versée dans l'émotion du moment.

Aujourd'hui, le drapeau unifolié fait l'objet d'un très, très large consensus. Mais cela n'a pas toujours été le cas.

Nous avons oublié que l'adoption de l'un de nos symboles nationaux les plus puissants, s'est réalisé au terme d'un acrimonieux débat partisan à l'automne 1964, les libéraux de Lester B. Pearson affrontant les progressistes conservateurs de John Diefenbaker.

D'une certaine manière, les tensions historiques sont demeurées jusqu'à ce jour. Les conservateurs de Stephen Harper n'ont pas déborbé d'enthousiasme à propos de cet anniversaire unique, se limitant à quelques communiqués de presse. Cette timidité à fêter un symbole canadien détonne lorsqu'on la compare à d'autres événements que les conservateurs, friands de jouer la carte de la fierté patriotique, ont souligné à grand renfort de cérémonies et de coups de clairon.

Ce que les conservateurs n'ont pas voulu faire, les libéraux de Justin Trudeau ont récupéré avec force, dimanche. Sous leur nouveau chef, le Parti libéral n'a pas hésité à utiliser les mêmes méthodes que leurs adversaires au Parlement. Les organisateurs libéraux ont obtenu la participation de l'ex-premier ministre Jean Chrétien, au podium devant une foule bigarrée, applaudissant à tout rompre, le fier drapeau en arrière-plan. M. Chrétien ne s'est pas gêné pour tisser des liens partisans entre le Canada d'aujourd'hui et celui d'antan, que ce soit sous M. Pearson qui a ouvert les portes de l'immigration (pas tout à fait vrai, elles l'étaient depuis le début du XXe siècle), ou celui qu'il a dirigé.

« En 1995, 1996, 1997, le Canada était no 1 au classement des pays de l'ONU, s'est-il plu à marteler. Maintenant, nous sommes 8, 9, 10, 11e. Je ne sais pas ce qui est arrivé... »

Pendant près d'un siècle, le Canada a utilisé l'un ou l'autre de deux drapeaux arborant le britannique Red Ensign. À partir des années 1910, divers gouvernements ont tenté de doter le pays de son propre drapeau. Un grand sondage réalisé en 1958 semblait indiquer qu'il existait au sein de la population une volonté accrue de le faire. Lester B. Pearson l'a ainsi promis dans sa campagne électorale en 1963.

Une fois élu, la question a été refilée à un comité multipartite de 15 élus, dont cinq progressistes-conservateurs. Par une habile manoeuvre libérale, ces derniers ont appuyé le design de l'unifolié, croyant que les rouges favoriseraient un dessin avec trois feuilles d'érable qu'affectionnait le premier ministre Pearson. Le comité a appuyé l'unifolié 15-0 mais la Chambre des communes a été profondément divisée, approuvant par 167 votes contre 78. Le Canada l'était tout autant... et le Québec était, une fois de plus, insensible à la discussion.

Finalement, même minoritaires, les libéraux ont concrétisé leur promesse électorale assez facilement, même si elle allait pour toujours changer l'image du Canada.

Sous M. Harper, les conservateurs ont joué dans les mêmes plates-bandes. Ils ont changé le nom de la Marine, ramené le nom de Sir John A. Macdonald, rebaptisé le Musée des civilisations, Musée canadien de l'histoire. Majoritaire depuis 2011, il aurait pu aller bien plus loin.

Le nouveau drapeau pour le Canada, en 1964, fut le bon. Mais son adoption controversée illustre combien nos symboles nationaux sont vulnérables devant un gouvernement qui voudrait s'y attaquer.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer