Obliger le vaccin

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L'Amérique du nord est plongé dans une nouvelle crise de santé publique, nourrie par les sceptiques de la vaccination. Certaines maladies infectieuses comme la rougeole, considérée éradiquée il y a quelques années à peine, sont revenues en force. De nouveaux cas se déclarent dans tous les coins du continent: le Québec n'en est pas exempt avec 10 cas dans la région de Joliette.

Sur le pied d'alerte, la ministre fédérale de la Santé Rona Ambrose a lancé un appel à la responsabilité des parents de faire vacciner leurs enfants... pour protéger ceux, au système immunitaire plus fragile, qui pourraient être contaminés. Hier, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a fait écho à ces propos.

Les Directions de santé publique n'ont cependant pas été surprises de l'éclosion d'épidémies de ce genre. Elles ont bien vu les taux de vaccination s'éroder au cours des dernières années. Et le nombre d'infections croissait de façon inquiétante. Une explosion des cas n'a nécessité qu'un groupe de non vaccinés réunis par hasard à Disneyland, en Californie, en janvier. L'une des victimes québécoises avait justement fréquenté cet endroit.

D'une certaine manière, cette crise de santé publique est nourrie par un scepticisme grandissant qui existe dans la population devant plusieurs phénomènes. Quand ce n'était qu'une bande d'admirateurs qui jurent avoir vu Elvis Presley toujours en vie, ou que les premiers pas sur la Lune ont plutôt été filmés dans un studio secret de la NASA, il y avait raison d'en rire. Mais ce scepticisme se répand lui aussi comme un virus. Aujourd'hui, certains remettent en cause la tragédie du 11 septembre, ou accusent les États-Unis de l'avoir fomentée. Au Québec, la fluoration de l'eau est attaquée vigoureusement, tout comme l'installation des «compteurs intelligents» d'Hydro-Québec. Tous deux provoqueraient des maladies graves que le gouvernement et les médias, complices, font tout pour camoufler.

Aux États-Unis, les militants «anti-vaxxers» se dressent contre la vaccination. Plusieurs ont été encouragés par un article scientifique liant les vaccins à l'émergence des cas d'autisme; l'auteur a avoué son erreur mais la légende urbaine court toujours, propulsée par Internet. Idem pour celui contre le papillome humain qui, plutôt que de prévenir le cancer du col de l'utérus, stimulerait l'activité sexuelle chez les adolescentes.

Pour les plus ardents militants anti-vaccins, aucun argument scientifique ne les fera changer d'idée. Leur scepticisme les a convaincus que les vaccins peuvent être néfastes, que les compagnies pharmaceutiques, les gouvernements ou Big Brother multiplient leurs efforts de camouflage.

Ces sceptiques ne sont pas naïfs, imbéciles ou simples d'esprit. Aux États-Unis, le plus fort taux de non-vaccination se constate dans quelques quartiers huppés de Los Angeles.

Si la science ne les convainc pas, il reste l'obligation légale.

M. Couillard a rappelé que la Cour suprême a réitéré que tous ont le droit constitutionnel de refuser un traitement médical. Cependant, la Cour s'était penchée sur le cas d'une Témoin de Jéhovah qui refusait une transfusion sanguine. La seule vie menacée était celle des justiciables. Dans le cas d'épidémies infectieuses, des millions de personnes sont à risque, dont des enfants de moins d'un an à qui l'on ne peut donner certains vaccins. L'obligation de vacciner se défend, surtout lorsque les enfants veulent fréquenter les garderies, les écoles. Les Directions de santé publique pourraient interdire les non vaccinés. Le débat est ouvert.

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