Incompatibles?

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Malgré les sourires photogéniques des maires Jim Watson et Maxime Pedneaud-Jobin, un dialogue de sourds marque les relations entre Ottawa et Gatineau. Sur la vaste majorité des dossiers supra-régionaux, ils ne s'entendent pas.

Dernièrement, M. Watson n'a qu'une envie : sortir les autobus québécois du centre-ville de la capitale. Sur les autres questions de transport en commun, chacun poursuit une stratégie indépendante et incompatible : Ottawa vers le train léger, Gatineau vers le corridor réservé du Rapibus. On a même senti un brin de mépris lorsque le responsable du Bureau de mise en oeuvre du train léger, Matt Eason, a soutenu que « Gatineau se retrouve où nous étions [...] dans les années 1980 quand nous avions construit le Transitway. » Comme si l'Outaouais avait adopté une solution du passé.

Les taxis de chacune des villes ne peuvent embarquer des clients dans l'autre. Pendant des décennies, Ottawa a tout fait pour bloquer le tracé d'un nouveau pont interprovincial via l'île Kettle pour finalement dire aux Gatinois qu'un pont, finalement, n'était pas nécessaire. Les Québécois sont quand même contents d'avoir l'Ontario à la porte quand leurs hôpitaux débordent ou qu'ils requièrent des soins spécialisés comme en cardiologie ou en pédiatrie. Les collèges et universités ontariennes comblent les lacunes du postsecondaire de Gatineau... et Québec peut ignorer les cris des besoins non répondus en Outaouais. Ottawa profite des transferts commerciaux des Québécois, mais leur met des bâtons dans les roues sur la rue King Edward et ignore leurs appels pour davantage de services en français, même à la Ville d'Ottawa. Quand vient le temps d'aller au chalet dans les collines de la Gatineau, par contre, ils s'attendent à ce que leurs dollars soient reçus avec des bras ouverts et des sourires d'une oreille à l'autre.

Une rivière pas très large sépare les deux communautés mais leurs intérêts sont bien différents. Les maires incarnent ces divergences.

En 2015, l'idée d'une Commission de la capitale nationale a 100 ans. Au-delà de l'embellissement de la « région de la capitale », la CCN a longtemps caressé le désir d'être le facilitateur, le rassembleur entre les intérêts disparates de l'Outaouais, d'Ottawa... et du gouvernement fédéral. Sa gouvernance obscure, incarnée par des commissaires non élus qui n'habitent même pas la région, s'est toujours posée en obstacle à ce rôle accru qu'elle aurait pu jouer. À travers l'histoire, certains ont lancé diverses idées de regroupement, du district fédéral à celle d'une 11e province. En marge du référendum de 1995, on a vu combien le caractère « indivisible et inviolable » du territoire du Québec était une corde sensible lorsque l'idée de séparer l'Outaouais du reste du Québec a flotté dans les airs. Elle est quand même revenue sur la table en 2006, proposée par l'historien John Taylor, de l'Université Carleton, qui démontrait ainsi son incapacité à apprendre cette leçon rappelée 10 ans plus tôt.

L'année 2006 correspondait à l'arrivée des conservateurs de Stephen Harper qui ont voulu insuffler une nouvelle direction à la CCN. L'universitaire Gilles Paquet, chargé de conseiller le gouvernement, a ramené l'idée d'une CCN comme d'une « grande coordonnatrice » dans la région. Les réformes qui ont suivi ne sont pas allées assez loin mais le besoin était clairement cerné ; il faut trouver une manière de mieux collaborer entre Ottawa et Gatineau.

Plusieurs grandes villes ont des communautés urbaines pour réunir les intérêts particuliers des gouvernements locaux. Entre ça et une CCN formée d'élus et de commissaires - un peu celle imaginée par Douglas Fullerton -, il y a certainement une piste d'avenir pour faciliter une vision régionale respectueuse. Sinon le silence de l'incompatibilité perdurera malgré les sourires de façade.

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