Rangez ce bâillon !

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Le gouvernement de Philippe Couillard a rappelé les députés de l'Assemblée nationale, ce matin, afin d'adopter en accéléré le projet de loi 10 qui abolit les Agences de santé au Québec. Cette procédure est bel et bien démocratique ; à peu près tous les gouvernements y ont recours à un moment donné, mais elle n'est ni bienvenue ni souhaitable. En fait, son usage dans ce cas précis semble une capitulation sommaire devant l'empressement du ministre Gaétan Barrette de passer à autre chose.

Politicien recrue, M. Barrette a maîtrisé avec brio plusieurs facettes du travail de parlementaire. Lui-même médecin - il était auparavant président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec -, il possède ses dossiers sur le bout des doigts. Il sait vulgariser ses sujets souvent très techniques. Mais sur les traditions démocratiques de ce pays, il semble avoir encore quelques nuances à faire.

La première distinction qu'il doit apprendre vient de la bouche de son leader parlementaire lui-même. Jean-Marc Fournier qualifiait le bâillon de « mesure exceptionnelle ».

M. Barrette se défendra peut-être que ce bâillon que son parti s'apprête à utiliser est exceptionnel parce que c'est la première fois qu'il s'en sert depuis son élection. Mais ce gouvernement n'a pas 10 mois encore et à la première tentation, il succombe sans arrière-pensée.

La seconde distinction à retenir sur la procédure du bâillon, c'est qu'il doit répondre à une certaine urgence. Les Canadiens sont un peu indulgents devant le bâillon lorsqu'il met fin à un conflit de travail qui touche un service essentiel au bien public ou à l'économie. L'empressement du ministre Barrette de passer à la phase subséquente de ses réformes du système de santé ne répond pas à ce critère d'urgence. Certes, le gouvernement pourrait rater certaines cibles financières si ses réformes ne sont pas adoptées avant la fin de l'année budgétaire, le 31 mars. Mais cela pèse bien peu lourd en comparaison avec l'ampleur de la refonte que le ministre veut mener. L'Agence de santé de l'Outaouais disparaîtra (comme toutes les autres au Québec), ce qui aura entre autres comme résultat de biffer toutes les voix régionales sur les questions de santé. Cette question, comme d'autres, n'est pas sans intérêt et les commissions parlementaires qui étudient les projets de loi existent justement pour faire la part des choses.

Que le ministre veuille couper court à ces échanges parce que 68 heures de discussions n'ont mené à rien à son avis, voilà qui est présomptueux. Il n'est pas exagéré d'en prendre le double, le triple pour faire le tour de la question et améliorer le projet de loi dans un esprit de collaboration, d'échange et de compromis.

Évidemment, cet intérêt supérieur de la nation québécoise exige que les autres partis à l'Assemblée nationale soient mus par le même esprit. Le Parti québécois, qui forme l'opposition officielle, sait être déroutant parfois, et il n'a pas de leçon à donner sur l'usage du bâillon. Lui aussi devrait mettre de l'eau dans son vin et reconnaître qu'il ne peut imposer sa vision de l'État parce qu'il a perdu le pouvoir. Mais il peut certainement contribuer à bonifier le projet de loi, tout comme les autres partis, la CAQ et Québec solidaire.

Le gouvernement libéral est bien décidé à redresser les finances publiques, même si cela peut se faire à un coût social élevé. Mais il peut le faire avec un peu plus d'élégance en mettant de côté sa méthode bulldozer, en rangeant son bâillon pour de vraies urgences et en empruntant une voie démocratique respectueuse pour mener les réformes pour lesquelles il considère avoir été élu. Il n'est pas trop tard.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer