La mauvaise avenue

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Transférer le Collège d'Alfred aux Comtés unis de Prescott et Russell ? Voilà une solution bancale qui ne sauvera pas le Collège d'Alfred plus que quelques années, au mieux. Jusqu'à la prochaine crise, un scénario que les Franco-Ontariens ont déjà trop souvent vu.

Au-delà des bonnes intentions que peuvent apporter à la table les élus des huit municipalités rurales qui forment les Comtés unis, ils n'affichent ni l'expertise ni les ressources pour prendre charge d'un collège d'enseignement postsecondaire.

Le gouvernement de l'Ontario donne l'impression de vouloir se débarrasser de la patate chaude que représente le seul collège francophone d'agriculture en le refilant à quiconque pourrait être piégé à l'accepter. Mais l'avenue qu'il tente d'emprunter dans ce dossier est faussée. Et l'espoir d'une solution « à long terme » à laquelle le ministre de la Formation et des Collèges et Universités, Reza Moridi, faisait référence dans un communiqué de presse, vendredi, demeure un rêve sans fondement.

(On s'étonne par ailleurs que le conseil municipal de North Grenville soit prêt à assumer la responsabilité du Kemptville Agricultural College - l'équivalent anglophone du Collège d'Alfred ; la dévolution n'y augure pas mieux.)

On s'entendra que la proposition de gouvernance évoquée dans le récent rapport Godbout était le fruit d'une réflexion d'inspiration bureaucratique un peu nébuleuse. Le « consortium de formation et d'innovation en transformation agroalimentaire d'Alfred » portait un nom repoussant mais au moins il réunissait les acteurs qui doivent s'intéresser à la relance du Collège d'Alfred : tous les gouvernements concernés, l'Union des cultivateurs franco-ontariens, le secteur privé, des institutions d'enseignement comme les collèges La Cité et Boréal, etc.

Par ailleurs, le rapport signé par Marc Godbout, l'ex-député d'Ottawa-Orléans, dressait un bilan dur mais lucide des nombreux défis qui attendent le Collège d'Alfred. Pour survivre et prospérer, le collège d'agriculture doit bonifier son image, impliquer le milieu agricole, lancer des programmes de formation sur mesure, resserrer ses liens avec les autres institutions d'enseignement du secondaire jusqu'à l'université. Sans une action à tous ces niveaux, le rapport Godbout estimait « faibles les chances de survie du campus d'Alfred ».

Certes, le rapport était bien trop vague quant au volet financier de la relance. Nulle part n'y trouvait-on une estimation de son coût, par exemple. Alors que cela était une donnée essentielle de l'équation à Alfred.

Le Collège d'Alfred doit survivre car il peut survivre, il peut jouer le rôle que ses fondateurs espéraient pour lui dès 1981.

Il n'est pas anodin que ce questionnement sur la continuité du Collège d'Alfred survient alors que la fromagerie St-Albert, elle, vient d'inaugurer ses nouveaux locaux après le terrible incendie qui l'a détruite, il y a deux ans. Son avenir n'a jamais fait de doute ; au lendemain du brasier, la communauté s'est serré les coudes et a trouvé des solutions à court, moyen et long terme pour leur fierté agroalimentaire qu'est le fromage en grains. Le Collège d'Alfred devrait former la relève de l'industrie laitière de l'Est ontarien qui fournit la fromagerie et bien d'autres clients. Et le gouvernement libéral de Kathleen Wynne n'a rien trouvé de mieux que de traiter le Collège d'Alfred en patate chaude ?

On peut comprendre que les finances publiques de l'Ontario sont sombrement problématiques ces années-ci. Mais les libéraux ont depuis longtemps misé sur l'éducation pour bâtir l'avenir de la province. Et ils ont agi avec détermination dans d'autres dossiers d'éducation francophone. Pourquoi est-ce si difficile dans le cas du Collège d'Alfred ?

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