Pas de la bonne télé

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Présenter un discours pour annoncer un projet de loi pour combattre le terrorisme donne l'image d'un leader responsable, protecteur des Canadiens. C'est tout à fait l'objectif que recherchait Stephen Harper, hier, en dévoilant son projet de loi C-51. Peu importe que cela serve vraiment aux forces de l'ordre. L'essentiel, c'est de faire de la bonne télévision en cette année électorale au fédéral.

Il aurait été bien plus efficace dans cette lutte au terrorisme au Canada d'augmenter les budgets des diverses agences qui mènent des enquêtes sur le terrain. C'est d'ailleurs exactement ce qu'elles réclament. Le commissaire de la Gendarmerie royale du Canada, Bob Paulson, souhaitait justement cela, récemment: plus de ressources. Ce diagnostic est partagé par les corps policiers. Et les demandes sans cesse croissantes auprès d'agences comme le Service canadien du renseignement de sécurité, ou le Centre de la sécurité des télécommunications.

Mais approuver une hausse de budget ne fait pas de la bonne télévision. Les caméras ne s'y intéressent pas, personne n'applaudit en arrière-plan, le premier ministre ne s'auréole pas du voile du bon père de famille protecteur de ses ouailles.

En plus qu'augmenter les budgets donnent des maux de tête. Le ministre des Finances vient de reporter la date du budget parce que les revenus du fédéral sont en chute à cause de l'effondrement du prix du baril de pétrole. Le bon surplus que M. Harper avait déjà promis aux familles canadiennes, à la veille des élections, il est à peu près disparu. À ses yeux, ce n'est absolument pas le temps d'autoriser des dépenses supplémentaires... dont les Canadiens ne verront pas des bénéfices à court terme.

Le Canada compte d'ailleurs sur une vaste brochette de lois antiterroristes qui ont été adoptées après le 11 septembre 2001.

Il est ainsi particulièrement insignifiant d'entendre un ministre comme Steven Blaney de clamer, comme si la Terre avait été créée la veille, qu'«enfin le Canada a une loi antiterroriste». Il a déjà celle de 2001, celle de 2002, celle de 2011, celles de 2013, celle de 2014.)

Non pas que ce projet de loi C-51 soit totalement inutile. Il reste toujours des fissures à colmater dans l'édifice de moyens ingénieux que les terroristes imaginent pour ébranler les démocraties occidentales. Il est normal donc que l'État maintienne un arsenal à jour pour lutter contre cette menace terroriste. Les autorités se sont par exemple aperçues qu'Internet était largement utilisé pour recruter de nouveaux djihadistes prêts à se faire sauter la cervelle au nom d'Allah.

Mais le projet de loi C-51 va encore un peu plus loin. Il existait déjà la loi de 2002 sur la sécurité publique qui créait entre autres choses une liste de passagers indésirables pour les compagnies aériennes. Cette fois, le gouvernement élargit les motifs pour lesquels les autorités peuvent intervenir pour bloquer un terroriste potentiel de monter à bord d'un avion. Plusieurs des provisions de la nouvelle initiative du gouvernement rognent un peu davantage les libertés civiles. Mais de cela, les conservateurs ne s'en soucient peu.

Ils ont évidemment été marqués, comme tous les Canadiens, par les attaques gratuites de Martin Couture-Rouleau et de Michael Zehaf Bibeau, en octobre dernier à Saint-Jean-sur-Richelieu et au Parlement d'Ottawa. Elles ont mené à la mort de deux soldats qui s'adonnaient à être au mauvais endroit au mauvais moment. Le gouvernement estime que dans ces cas, des arrestations préventives auraient prévenu mort d'homme. Mais combien d'innocents, peut-être un peu fêlés mais pas nécessairement dangereux, pourraient tomber dans les filets des autorités? M. Harper ne se pose même pas la question.

Parce que ça ne fait pas de la bonne télé à quelques mois des élections.

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