Rock corrige le tir

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Confronté au difficile mais bien réel problème de la violence faite aux femmes, le recteur de l'Université d'Ottawa s'est engagé à adopter toutes les mesures administratives, proposées par un comité de réflexion. Sans exception. Si cela est tout à l'honneur d'Allan Rock, du même coup, il ne pouvait rester les bras croisés.

Il corrige ainsi l'insensibilité de la génération qui l'a précédée et qui avait largement ignoré un premier rapport sur le harcèlement, en 2005.

Si le phénomène de la violence faite aux femmes est tristement répandu, les correctifs proposés mettront des années à le réprimer.

Certains estiment encore que la violence faite aux femmes fait partie de la nature humaine. Pourtant, le rapport du Groupe de travail sur le respect et l'égalité illustre noir sur blanc qu'il se pose bien concrètement pour des milliers de femmes sur le campus universitaire.

On y dépeint une sombre réalité à l'Université d'Ottawa. Trois-quarts des étudiantes -- et la moitié des hommes (!) -- ont rapporté des situations répréhensibles de nature sexuelle. Une femme sur sept a déclaré au moins un incident de violence sexuelle, et du harcèlement jusqu'au viol, les gens ont peur.

Pis encore, il n'y avait pas d'aide aux victimes. Elles ne savaient pas où s'adresser, ni à leurs enseignants, ni aux autorités policières, ni ailleurs. Elles ne sont pas seules : les victimes de l'animateur de radio Jian Ghomeshi, ou du comédien Bill Cosby non plus.

Ce constat a été posé après que l'Université d'Ottawa se soit retrouvée bien malgré elle au coeur d'une tourmente autour de la violence faite aux femmes. Au printemps, il y a eu cette enquête autour de l'équipe de hockey des Gee Gees, qui a mené au dépôt d'accusations d'agressions sexuelles contre deux joueurs, au congédiement de l'entraîneur et à la suspension du programme au moins jusqu'en 2016. À peu près au même moment, cinq étudiants ont tenu de dégradants « commentaires dérogatoires et violents à caractère sexuel » sur le réseau social Facebook. De surcroît, leur « cible » était bien connue : il s'agissait de la présidente de la Fédération étudiante (FEUO).

Cela a mené à une campagne d'accusations contre l'université qui tolérait, selon certaines, une « culture du viol ». L'expression choque et polarise l'opinion publique. Elle pointe un doigt accusateur envers tous les hommes qui seraient des violeurs en puissance.

Le rapport a malheureusement endossé cette expression de « culture du viol ». Piloté par l'éminente politologue et féministe Caroline Andrew, le rapport accole au vocable une interprétation large « étroitement lié à d'autres formes d'oppression » où l'on « encourage à blâmer les victimes, à nier la fréquence des agressions sexuelles et à minimiser leurs répercussions négatives ». Mais cette expression extrêmement négative confond allusions à caractère sexuel, attouchements, et les rapports sexuels non consentis et contribue à la confusion linguistique.

Il ne faut pas sous-estimer le portrait d'agressions sexuelles à l'Université d'Ottawa, un peu à l'image de la société moderne. Le milieu universitaire offre un creuset propice à ces excès, que ce soit à cause de la proximité des 50 000 étudiants, enseignants et employés et d'une foule d'autres phénomènes accélérant comme la consommation d'alcool et de drogues, l'accessibilité de matériel pornographique sur Internet, la banalisation de la violence, etc.

Le recteur Rock semble aujourd'hui bien décidé à mettre en place de nouvelles pratiques qui vont au-delà de la simple sensibilisation et aideront à la dénonciation, comme le nouveau Bureau des droits de la personne.

La communauté de l'Université d'Ottawa, et tout particulièrement les femmes, mérite un milieu respectueux, sécuritaire et propice à l'apprentissage.

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