Oui à une charte

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Le Québec ne doit pas se mettre la tête dans le sable sur la question de la laïcité. Plutôt que d'être à la remorque des événements - et ils se multiplient -, le gouvernement de Philippe Couillard doit accélérer son travail sur cette question. D'ici la fin de 2015, les élus devraient avoir commencé à débattre de la première mouture d'une charte de la laïcité, à défaut de l'avoir déjà approuvée.

L'attaque d'intégristes musulmans sur le journal Charlie Hebdo, à Paris, a accéléré l'urgence de tirer ce sujet au clair. Le plan du premier ministre Couillard était de remettre cet engagement électoral aux calendes grecques, quelque part vers la fin de son mandat en 2018. Cela ne fait plus l'affaire. Il n'est plus suffisant de prétendre que ces tragédies surviennent loin de nous: depuis les assauts insensés de l'automne 2014 à Ottawa et Saint-Jean-sur-Richelieu, la menace peut survenir partout, dans n'importe grande ville du Canada tout comme n'importe quel petit village du Québec.

L'attrait d'un Islam fondamentaliste, pour diverses raisons encore obscures, ne résonne plus que chez des musulmans désoeuvrés, mais aussi chez des jeunes d'ici qui sont séduits par une mission même suicidaire. Notre planète mondialisée rapproche une attaque terroriste à Paris, Sydney ou au Proche-Orient comme si elle était près de nous, bouleverse nos certitudes et rehausse notre méfiance face à tout le monde, pas que ceux qui ne sont pas tout à fait comme nous.

Une charte de laïcité peut contribuer à faciliter la notion du vivre-ensemble et à aplanir les différences entre les diverses communautés qui forment le tissu social du Québec. (Cela vaut tout autant pour la plupart sinon toutes les provinces du Canada.)

Si le projet de charte de la laïcité a contribué à défaire le gouvernement de Pauline Marois, l'an passé, ce n'est pas parce que sa nature même était indésirable, mais qu'elle était portée par un malhabile Bernard Drainville et allait trop loin. Son principe même demeure une idée souhaitable.

En 2008, les universitaires Gérard Bouchard et Charles Taylor ont mené une vaste consultation sur les accommodements raisonnables et présenté 37 propositions au gouvernement libéral de Jean Charest. L'attention s'est faussement focalisée sur le crucifix à l'Assemblée nationale et à l'image d'un rejet des «valeurs traditionnelles» du Québec. Cette réflexion suggérait plutôt un «livre blanc» sur la laïcité mais les principes sous-jacents sont tout aussi valides aujourd'hui dans le débat sur une charte.

Le Québec doit réaffirmer le caractère laïc des institutions de l'État et décourager ses figures d'autorité à afficher des signes religieux. Mais il doit agir dans le respect des libertés individuelles qui ont contribué à faire de nos terres un lieu d'accueil depuis plus d'un siècle. En plus de réaffirmer les principes de laïcité, d'égalité de tous et de respect des différences, le Québec doit redoubler d'ardeur dans les mesures d'appui aux immigrants afin qu'ils puissent mieux s'intégrer dans une société dont ils connaissent et partagent les principales valeurs, notamment l'usage du français.

Philippe Couillard ne doit pas craindre d'agir sous prétexte que M. Drainville a repris sa thématique dans le cadre de sa course à la direction du Parti québécois. Ni craindre d'agir sous le coup de la fureur populaire qui nous secoue après les récents attentats. Au contraire. Ce serait agir comme un chef d'État que de s'attaquer à cette thématique difficile - autant que le redressement des finances publiques - autour de laquelle une majorité de Québécois sont d'accord, du moins sur les grandes lignes.

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