La jambette

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Les francophones du Yukon aimeraient grossir leurs rangs. Qui s'y oppose? Le Québec!

Le gouvernement de Philippe Couillard s'est présenté devant la Cour suprême cette semaine non pas pour défendre et promouvoir la francophonie sous toutes ses formes - particulièrement là où elle est particulièrement vulnérable -, mais pour honteusement lutter contre elle.

Gageons que cela ne serait pas arrivé à l'époque où Benoît Pelletier siégeait au conseil des ministres à Québec. L'ex-député de Chapleau à l'Assemblée nationale et constitutionnaliste de l'Université d'Ottawa a défendu la Francophonie bec et ongles. Pas que celle de France, d'Afrique et d'ailleurs, mais celle du Canada, celle de l'Ontario et celle des autres provinces. Celles qui sont fières mais minoritaires, celles qui tentent de perpétuer un certain idéal d'un pays où deux cultures fondatrices peuvent survivre et prospérer, plutôt que juste survivre.

Au Yukon comme dans d'autres régions où le français est minoritaire, la communauté de langue française a besoin d'appuis, d'un coup de main. Voilà que le Québec lui sert une jambette. Une jambette qu'endosse Stéphanie Vallée, la ministre québécoise de la Justice et députée de Gatineau. Elle habite près de l'Ontario, elle devrait être un peu au courant des combats incessants que les Franco-ontariens mènent depuis un siècle pour leur langue et leur culture. Mme Vallée devrait être capable d'extrapoler ce défi jusqu'au Yukon où la Commission scolaire francophone de l'endroit lutte depuis des années pour élargir les critères d'admission à l'école Émilie-Tremblay (primaire) et à l'Académie Parhélie (secondaire) et obtenir le financement idoine.

Pourtant, non.

Québec et la ministre Vallée ont davantage peur que l'arrêt de Cour suprême, attendu l'automne prochain, n'apporte de l'eau au moulin des écoles anglaises de la Belle Province.

Tout le débat en est un de principes d'abord, et d'argent ensuite. Parce que derrière les principes se profilent toujours des questions d'argent. Grossir les rangs des Franco-yukonais exercera de la pression sur les services scolaires à Whitehorse et ça, le gouvernement du Yukon s'y oppose. Il a perdu en première instance et gagné en appel; d'où l'aboutissement devant la Cour suprême du Canada.

Le débat concerne l'élargissement des droits à l'enseignement en français au-delà des stricts «ayant-droits», ceux qui ont accès à l'école française parce qu'au moins un des parents l'a fréquenté auparavant. C'est l'application de l'article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés. Des immigrants francophones et des francophiles aimeraient se joindre à ces «ayant-droits». Cela compte dans une région peu densément peuplée comme le Yukon, où les francophones ne représentent que 1500 âmes sur 36000 habitants.

Québec prône une application restrictive de l'article 23. Depuis une quinzaine d'années, la Cour suprême a plutôt - enfin! - opté pour une vision d'ouverture, reconnaissant le contexte sociolinguistique; c'est l'approche asymétrique qui accepte que l'on ne doit pas appliquer stricto sensu une décision sur les minorités francophones à la minorité anglophone du Québec, bien mieux nantie.

Défendre le français, ce n'est pas que se pavaner devant le Centre de la francophonie des Amériques en chantant du Radio Radio. C'est aussi l'encourager, favoriser son essor partout, et adopter une attitude d'ouverture plutôt que celle d'un repli sur soi par crainte d'un ressac.

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