Faux prétexte

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Mercredi, le ministre des Finances, Joe Oliver, a assuré que le plan économique des conservateurs allait bon train et que son gouvernement dégagerait un surplus budgétaire de 1,6 milliard$ cette année.

Jeudi, à peine 24 heures plus tard, M. Oliver remettait le dépôt de son budget d'au moins six semaines pour cause «d'instabilité des marchés».

Il ne faisait pas référence au marché de l'emploi qui sera malmené par la déconfiture des magasins Target qui mettront 17600 Canadiens à pied. Il se référait au baril de pétrole. Ce gouvernement, qui doit tant de ses appuis à l'Alberta et à l'énergie fossile, ne pense presqu'à ça. Il a passé les huit dernières années à lui faciliter la vie en aplanissant tous les écueils qui se dressent devant ce moteur économique canadien.

Certes, la chute vertigineuse du prix du baril de pétrole - sous la barre des 50$US - est catastrophique pour une bonne partie de l'économie canadienne, celle qui carbure aux énergies premières issues des sables bitumineux. L'économie albertaine est en crise et le nouveau gouvernement de Jim Prentice songe même à introduire une taxe à la consommation... une idée qui était suicidaire jusqu'à tout récemment.

Personne ne se réjouit des périls de l'Alberta. Cette situation est liée à des phénomènes hors de son contrôle liés à la spéculation à court, moyen et long terme sur les énergies fossiles.

Mais devant la crise qui confronte une partie du pays, le gouvernement de Stephen Harper ne démontre aucune gêne à jouer avec le calendrier politique dans le but de placer ses billes le plus favorablement possible.

Et c'est exactement ce que devait prévenir la loi prévoyant des élections à date fixe: d'enlever des mains du gouvernement sortant le calendrier politique dans le but de faciliter sa réélection.

Le principe de l'égalité des chances pour tous les partis - au moins sur les questions de calendrier - était suffisamment important pour les conservateurs pour qu'ils proposent cette loi sur les élections à date fixe. Voilà qu'il s'apprête à en faire fi...

Normalement, les Canadiens seront appelés aux urnes le 19 octobre prochain. Le budget, quant à lui, serait présenté en mars, comme à l'habitude.

Mais plusieurs rumeurs laissaient entendre que les conservateurs préféreraient des élections au printemps. En repoussant le budget à avril, la bande à Stephen Harper a peut-être trouvé le moyen de les déclencher sous prétexte que les perturbations économiques récentes exigent que le gouvernement obtienne illico un mandat de la population.

Ce serait pourtant abuser de ce «pouvoir» discrétionnaire. Il n'y a que quelques raisons pour lesquelles un gouvernement devrait déclencher des élections anticipées: une guerre ou une crise économique majeure en sont deux. La baisse du baril de pétrole en dessous du prix du prix d'exploitation du pétrole des sables bitumineux n'en est pas une.

Les conservateurs ont déjà promis d'énormes cadeaux électoraux avec le fractionnement des revenus et l'aide aux familles. Sa marge de manoeuvre est mince avec des revenus du pétrole en forte baisse. Des élections anticipées surviendraient avant le procès du sénateur déchu Mike Duffy, qui risque d'éclabousser les bleus.

Évidemment qu'un scrutin hâtif ferait leur affaire. Mais on a des principes ou on n'en a pas. Il serait inacceptable de magouiller pour éviter une élection automnale.

Pauline Marois a aussi précipité le Québec en élection, l'hiver dernier, sans égard à sa propre loi sur le vote à date fixe. Les Québécois l'ont rejeté pour d'autres motifs.

Malheureusement, les électeurs ne semblent pas aussi vertueux que certains.

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