L'incompétence

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Sombre journée pour 17600 Canadiens qui ont appris qu'ils perdront prochainement leur emploi chez Target. Ils méritent toute notre compassion. Ils ont le malheur de travailler dans un secteur très compétitif où les bonnes nouvelles sont rares.

Ceux qui n'auront aucune compassion sont les incompétents «spécialistes» de la vente au détail de ce géant américain qui n'est pas Walmart.

Ils auront d'abord été incapables de semer dans l'esprit des consommateurs canadiens que Target était autre chose qu'un Walmart... rouge.

En quelques dizaines de mois, ils ont multiplié les erreurs; le seul éclair de génie aura été celui de leurs patrons qui ont annoncé subitement, hier, qu'il valait mieux mettre fin à l'hémorragie de 5,4 milliards$ qu'a engloutis Target au Canada plutôt que d'en perdre bien davantage jusqu'en 2021. En effet, ce n'est pas avant six autres années que Target pensait être capable de dégager un profit sur ses opérations canadiennes.

Target comptait six de ses 133 magasins dans la région de la capitale, dont un à Gatineau. Les plus vieux étaient ouverts depuis moins de 18 mois, certains depuis quelques semaines à peine.

La récente période de Noël, qui a été douce pour Target aux États-Unis (ventes en hausse de 3%), a été l'inverse au Canada où les ventes refusaient de décoller.

Les patrons de Target ont fait quelques erreurs stratégiques qui donneraient à penser qu'ils n'ont pas fait leurs devoirs avant de débarquer au nord du 49e parallèle. (Ce qui ne peut être que faux: une multinationale ne prend pas de telles décisions sur un coup de tête.)

Mais leurs devoirs comportaient des fautes graves. Ils ont sous-estimé les consommateurs canadiens qui ont vite constaté qu'il n'y avait ni aubaines chez Target, ni de marchandises suffisamment attrayantes et différentes. Ils ont négligé la cruciale chaîne d'approvisionnement qui a fait le succès de leur principal concurrent, Walmart. Gérer ses inventaires ne veut peut-être pas dire grand-chose au commun des mortels, mais il s'agit du b.-a.-ba de la vente au détail. Cela décourage de voir des habits de neige sur les présentoirs de Costco en août, mais cela envoie un message plus que subliminal qu'il faut avoir les bons produits au bon prix au bon moment pour faire des ventes.

Le retrait de Target s'avérera une bonne nouvelle pour plusieurs autres entreprises et pour tous les Canadiens qui luttent contre la force titanesque des géants de la vente au détail. Target et Walmart risquaient de se lancer dans une guerre de prix qui aurait plu aux consommateurs à court terme, mais qui aurait blessé davantage les petits commerces locaux qui peinent à vanter leurs services au-delà du simple argument du prix. Les marchands indépendants, et même les petites chaînes canadiennes comme Home Hardware, par exemple, ont déjà un défi suffisamment lourd sur leurs épaules sans en ajouter davantage.

À court terme, les plus grandes chaînes de détail au Canada remporteront la mise. Walmart d'abord, parce que c'était le compétiteur direct à Target et que le géant mondial a démontré que ses 20 années de présence au pays lui avaient enseigné comment réussir. D'autres commerces plus spécialisés - Canadian Tire, Costco, Sears et La Baie d'Hudson, par exemple - bénéficieront d'un répit provoqué par la disparition d'un compétiteur qui aurait pu être féroce. Certains parmi ceux-ci mettront la main sur les meilleurs emplacements.

Les Canadiens sont de bons consommateurs. Ils savent reconnaître la valeur d'un produit et d'un commerçant, ainsi que son juste prix. Target aura fait des fautes sur tous les plans.

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