Trop imprudent

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Depuis au moins 20 ans, le Québec joue au yo-yo avec la Caisse de dépôt et placement. Rapproche, éloigne, rapproche, éloigne, etc. Cette semaine, une nouvelle phase de rapprochement s'est enclenchée avec l'annonce que la Caisse serait le bailleur de fonds de deux grands projets d'infrastructure du Québec. Il s'agit de deux réseaux de transport en commun, un train entre le centre-ville et l'ouest de Montréal, et un réseau qui doit enjamber le nouveau pont Champlain.

À écouter certains, ce rapprochement serait presque l'invention du pain tranché. « Pourquoi n'y a-t-on pas pensé plus tôt ? », soutiennent ses apôtres.

Oui, effectivement, pourquoi ? La Caisse investit déjà dans plusieurs infrastructures à travers le monde mais pas au Québec parce que ses règles de fonctionnement lui interdisent. À première vue, il s'agit là d'un non-sens. Aussi logiquement que deux et deux font quatre, il est logique pour Québec de se servir du « bas de laine » collectif pour investir dans des infrastructures qui assureront aux retraités du Québec des revenus substantiels qui, en plus, contribuent au bien-être de tous.

D'où le questionnement : pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ?

Mais l'interrogation est légèrement biaisée. Parce que plusieurs générations de politiciens et de gestionnaires de la Caisse y ont pensé plus tôt, mais de toute évidence pas exactement de la même manière qu'aujourd'hui.

Et chaque génération de politiciens et de gestionnaires de la Caisse arrive à la conclusion que les générations précédentes se sont trompées un peu, pas beaucoup, juste un peu, sur le fragile équilibre entre rendement et développement économique. C'est le dilemme du proverbial balancier qui oscille d'un côté à l'autre : du côté d'une Caisse valorisant le rendement « à tout prix », et de l'autre, une Caisse active dans le développement du Québec.

Le gouvernement de Philippe Couillard semble avoir rapidement fait son lit : le développement avant le rendement. Cela fait bien son affaire parce que les finances publiques sont très serrées et il n'y a pas dans les coffres de l'État les sous essentiels pour développer les infrastructures nécessaires à une société en croissance.

Pourtant, il y a 12 ans à peine, le Québec pensait tout différemment. Sous un interventionniste Jean-Claude Scraire, la Caisse était devenue le premier propriétaire immobilier du Québec, avait financé la première autoroute privée du Canada (la 401, à Toronto), endossé Québécor dans son achat de Vidéotron, gaspillé des millions dans le secteur de la mode à Montréal, etc. Les milliards d'actifs envolés ont poussé Bernard Landry, et Jean Charest après lui, à resserrer la gouvernance de la Caisse, nommant Henri-Paul Rousseau à la barre avec un mandat obstiné de rendement.

Le balancier est inévitablement allé trop loin et la Caisse a trop investi dans le spéculatif papier commercial : les Québécois ne peuvent avoir oublié la perte (sur papier) de 39,8 milliards $ en 2009.

Après ce fiasco, quelle mission échoit au nouveau boss Michael Sabia ? Plus de développement économique ! On tourne en rond !

Cette aventure est périlleuse. Un jour, Québec pourrait bien « dicter » à la Caisse un investissement qu'il juge essentiel. Même s'il s'avérerait moins rentable ; quel patron tiendra tête au premier ministre ? Un pont entre Gatineau et Ottawa ? Pourquoi pas ? Un train à grande vitesse Québec-Windsor... ou Montréal-New York ? Pourquoi pas ? Les coffres sont bien garnis !

La Caisse a déjà agi avec témérité et en a payé le prix. Voici que Québec semble prêt à sacrifier la prudence pour satisfaire ses besoins en infrastructures. Ce n'est pas une bonne idée.

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