«Je suis Charlie»

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Lorsqu'Ottawa a été le théâtre d'une attaque terroriste il y a deux mois, n'importe qui pouvait reconnaître une certaine logique. Quiconque en veut au pouvoir en place s'attaquera aux décideurs et aux représentants de l'ordre établi : politiciens, policiers, soldats.

D'autres s'en prennent à des innocents. Attentats dans le métro à Londres, contre un train en Espagne, sur les tours jumelles du World Trade Center à New York : dans chaque cas, des terroristes ciblaient un endroit public densément fréquenté. À chaque fois, l'objectif était de provoquer un maximum de pertes de vies humaines, de semer la terreur et la peur dans la population. Et envoyer un message, celui que la cause qu'ils défendent méritent d'être entendue.

Hier, à Paris, les adeptes de la terreur ont choisi une tout autre cible : un journal et ses artisans. En Charlie Hebdo, ils n'ont pas opté pour le plus anodin, ou le plus populaire. Cet hebdomadaire satirique a souvent fait parler de lui mais pas nécessairement pour l'excellence des primeurs qu'il dévoilait, mais plutôt pour l'audace dont il faisait montre depuis plus de 20 ans. En 2006, par exemple, le journal a repris les caricatures blasphématoires du prophète Mahomet - originalement publiées dans le journal danois Jyllands Posten. Et il en remet une couche, avec un Mahomet qui regrette « d'être aimé par des cons », en parlant des terroristes qui trahissent l'Islam en son nom.

Depuis ce temps, la surveillance policière autour des bureaux de Charlie Hebdo était constante.

Le journal a refait les manchettes lorsque sa rédaction a été incendiée en novembre 2011, au lendemain d'une autre édition provocatrice, baptisée « Charia Hebdo ».

Puis rebelote hier, 7 janvier 2015, lorsque la fureur islamiste a allumé trois terroristes qui ont abattu de sang-froid 10 des auteurs de Charlie Hebdo, et deux policiers. Parmi les victimes, le directeur Charb, et trois illustrateurs connus, Tignous, Wolinski et Cabu.

Certains prétendent que Charlie Hebdo l'a cherché et qu'il récolte ce qu'il a semé. Cela est terriblement réducteur et illustre l'incompréhension profonde que les non-Français peuvent faire montre à propos de cet unique phénomène médiatique qu'est Charlie Hebdo. Ce journal est sans parallèle avec ce qui se fait ailleurs, une réalité typiquement française où le mot d'esprit tire ses racines dans un passé vieux de plusieurs siècles.

Au Canada, seul l'irrévérencieux périodique Frank pouvait piétiner de semblables plate-bandes. La presse populaire anglaise pouvait aussi se réclamer une certaine parenté.

Comme son prédécesseur « bête et méchant » Hara-Kiri, Charlie Hebdo fait de la provocation un outil de la liberté de presse. Car il est facile de célébrer nos grandes libertés civiles de la douceur enveloppante de nos foyers, dans le calme douillet de bureaux asptisés. Non, au contraire, les libertés s'affirment, se défendent et se gagnent dans la controverse et l'adversité, dans le doute et l'incertitude. Pour ceux qui croient que Charlie Hebdo va trop loin, 50 000 Français estimaient suffisamment son travail pour se le procurer chaque semaine.

Si Charlie Hebdo pouvait aller aussi loin, c'est aussi parce que cette audace ne ménageait personne. Tous les intégrismes sont dans son collimateur. Les papes comme les imams, les présidents comme les chefs d'entreprise, personne n'est à l'abri.

Il est d'ailleurs tout à l'honneur de la classe politique française qu'elle sorte pour dénoncer l'attaque contre Charlie Hebdo, elle qui en était une cible constante. Mais certains islamistes démontrent une totale incompréhension totale à accepter ces gifles, et trois d'entre eux ont frappé avec une violence inouie.

Devant la force de cette attaque, il faut incarner la force des convictions de ces artisans de la presse qui combattaient à leur manière loin devant le front des libertés individuelles et collectives de nos démocraties occidentales. Ainsi, l'oeuvre des Charb, Cabu, Wolinski et Tignous passera à l'histoire.

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