L'Ontario en 2015

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Ce ne sont peut-être que des clichés mais en matière d'argent : les Québécois ont la réputation d'être plus dépensiers que leurs voisins anglophones. Cela aurait à voir avec le tempérament latin. Il est alors d'autant plus étonnant de constater que c'est le Québec qui est le plus actif dans sa chasse au déficit, et pas l'Ontario.

Pourtant, le déficit de l'Ontario atteint les 10,5 milliards $ tandis que celui du Québec n'est « que » de 3,9 milliards $.

De nouveaux gouvernements libéraux majoritaires sont en place depuis le printemps tant à Queen's Park qu'à l'Assemblée nationale. Si les deux partagent une certaine parenté idéologoque, l'équipe de Kathleen Wynne s'accommode sans trop de mal de son bain d'encre rouge. Pendant ce temps, Philippe Couillard a plongé le Québec dans une vague inégalée de réformes destinées à dégager des économies immédiates dans l'espoir de rééquilibrer les finances publiques dès 2015.

En comparaison, l'Ontario se donne encore trois ans pour éliminer son déficit. De ce côté, ni presse ni urgence.

Nous verrons à la fin de leurs mandats respectifs laquelle des provinces aura eu raison au plan stratégique. Évidemment, l'Ontario a trois gros atouts sur le Québec dans sa lutte au déficit. D'abord, une population de 13 millions, contre 8 millions. Ce sont 5 millions de contribuables de plus pour mettre la main à la pâte, pour supporter leur part du passif de la province et pour contribuer à la relance économique. Puis, l'Ontario compte encore sur une solide base économique manufacturière - le secteur automobile, par exemple - qui a longtemps été le moteur industriel du pays. Avec une économie qui redémarre, cela aura un effet domino sur toute la province. Enfin, la baisse de la valeur du dollar profitera davantage à l'Ontario qu'au Québec. Lorsque les États-Unis reprendront tout leur rythme de croissance économique - déjà les économistes y ont constaté une hausse de l'activité de l'ordre de 4 % en 2014 -, l'Ontario emboîtera le pas de façon quasi automatique.

Le gouvernement Wynne a choisi de ne pas s'imposer un régime d'austérité comme le Québec. La nouvelle première ministre évoluait dans un contexte politique différent. Ses adversaires se sont rangés à droite d'elle pendant la campagne électorale - les conservateurs, on s'y attendait, mais même le NPD dirigé par Andrea Horwath - et Kathleen Wynne a eu le champ libre pour ne pas imposer une rigueur financière.

L'Ontario a opté de donner une chance à la croissance, ce qui semble lui être favorable jusqu'ici. Les statistiques devraient montrer un PIB en croissance de 1,8 % en 2014, et presqu'un autre 1 % de plus cette année. Pendant ce temps, le chômage a rétréci de 1 % pour atteindre son plus bas taux depuis la crise économique (6,5 %).

Ce qui ne veut pas dire que l'Ontario n'aura pas à faire d'effort de redressement. Le rapport de l'économiste Don Drummond, en 2011, a été trop ignoré. L'Ontario est une province encore très riche qui s'est doté de généreux services. Tôt ou tard, le gouvernement Wynne devra se mettre à la tâche. Et 2015 est une bonne année pour revoir les finances publiques et réfléchir aux postes budgétaires qui devraient être revus à la baisse. Sa fonction publique est grassement garnie et rétribuée, et plusieurs programmes devraient être repensés. Comme le fait M. Couillard au Québec, Mme Wynne devrait profiter qu'elle est en début de mandat pour mettre de l'avant quelques mesures moins populaires, mais nécessaires à plus long terme. Les élections fédérales placent les provinces dans une situation enviable. Les partis politiques nationaux veulent faire de l'oeil à l'électorat de l'Ontario. La cour s'est amorcée cette semaine lorsque Stephen Harper a mis son orgueil de côté et s'est assis avec sa vis-à-vis, lundi, pour amorcer un nouveau dialogue. Le fruit fédéral est mûr, Kathleen Wynne n'a qu'à le cueillir. Et tous les Ontariens en profiteront.

(Jeudi : Le Québec en 2015)

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