Le Canada et 2015

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

L'année qui s'amorce verra des élections fédérales; pour la première fois depuis 2005, le Parti libéral constituera une force électorale qui menacera le pouvoir en place. En ce sens, l'année sera charnière. Le Canada continue dans sa lancée, ou emprunte une nouvelle direction?

Les libéraux ont repris la tête dans plusieurs sondages depuis le choix de Justin Trudeau comme chef mais leur enthousiasme retrouvé tient-il à davantage qu'à l'air de jeunesse de son chef? Le programme qu'il mettra de l'avant s'avère encore un mystère; la profondeur des idées qui y seront énoncées, la manière que Justin Trudeau réussira à les défendre et comment il sera reçu par les Canadiens de toutes les régions, voilà qui représente encore de très grandes inconnues. L'année 2015 fournira des réponses à tout cela.

Évidemment, le travail de M. Trudeau et de sa nouvelle équipe libérale ne se déroulera pas en vase clos. Le Nouveau Parti démocratique croit lui aussi que son heure est venue tandis que le Parti conservateur du Canada n'entend rien céder, au contraire.

En mai 2011, feu Jack Layton avait mené le NPD à une performance historique; il avait balayé les trois quarts du Québec et atteint le statut d'opposition officielle. Son décès prématuré a préparé la montée de son lieutenant Thomas Mulcair, qui a été d'une étonnante efficacité dans son rôle.

Le NPD a mis beaucoup d'effort à solidifier ses appuis au Québec, à montrer que sa victoire n'était pas un feu de paille et que ses troupiers méconnus de 2011 ont abattu dans l'ombre de la belle besogne depuis. Sous M. Mulcair, les idées du NPD ont migré un peu plus vers le centre et 2015 sera le test de tout cela. Publiquement, les ténors du NPD aspirent à prendre le pouvoir pour la première fois; en réalité, s'il réussit à détenir la balance du pouvoir, ce serait tout de même un grand accomplissement.

Stephen Harper a marqué en 2014 une décennie à la tête du Parti conservateur; sa poigne sur l'organisation est encore solide et les idées que le parti défend sont fermement les siennes. La crise économique de 2008 n'a que ralenti ses aspirations de métamorphoser le Canada selon des valeurs et des principes plus conservateurs. La lutte au déficit lui a volé cinq années de transformation mais le pays retrouvera l'équilibre budgétaire en 2015; les conservateurs seront une fois de plus en mesure de mettre leurs priorités à l'avant-scène. Rappelons qu'à leur arrivée, ils ont réduit la TPS de 7 à 5% et ils se sont servis de l'austérité des finances publiques pour réduire les aspirations d'un État-providence à la Trudeau. Ils ont rogné les contrôles en environnement, aplani les obstacles à l'exploitation des ressources naturelles (en particulier le pétrole des sables bitumineux), mené des batailles de principe avec des alliés inédits avec Israël et l'Ukraine, aligné les efforts internationaux avec leurs convictions quasi-religieuses (les mères, la famille traditionnelle, la liberté de culte).

Plus qu'en 2008 et 2011, l'élection de 2015 permettra aux Canadiens de choisir un parti et un chef avec lequel ils sont en accord.

Évidemment, neuf années de pouvoir ne sont pas sans laisser des traces. Les conservateurs ont formé un gouvernement assez honnête mais quelques scandales lui collent tout de même à la peau. Stephen Harper fera tout pour s'en distancer et il a déjà commencé en dégommant Julian Fantino de son poste de ministre des Anciens combattants. Le premier ministre a aussi laissé entendre qu'il enterrait la hache de guerre avec Kathleen Wynne, son homologue de l'Ontario; il doit y conquérir l'électorat pour se maintenir au pouvoir et les Ontariens, comme tous les Canadiens, n'aiment pas les politiciens querelleurs. Il faudra surveiller comment il réussira à tourner la page sur les scandales de sénateurs dépensiers, et détournera les regards vers les erreurs et les faiblesses de ses adversaires.

Il restera toujours les éléments inconnus: le prix de l'essence qui rogne les surplus du fédéral, une crise à l'international, un décès qui vient tout bouleverser, bref, la nature humaine qui prend le dessus avec sa notoire imprévisibilité.

(Demain: l'Ontario en 2015)

Partager

À lire aussi

  • Pierre Jury | L'Ontario en 2015

    Pierre Jury

    L'Ontario en 2015

    Ce ne sont peut-être que des clichés mais en matière d'argent : les Québécois ont la réputation d'être plus dépensiers que leurs voisins anglophones.... »

  • Pierre Jury | Le Québec en 2015<strong><i></i></strong>

    Pierre Jury

    Le Québec en 2015

    Le Québec a beau avoir vécu une année électorale en 2014, ce n'est vraiment qu'au cours de l'année qui vient que les Québécois ressentiront l'ampleur... »

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer