Un pipeline qui ne sert pas le Québec

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Depuis son élection en 2006, le premier ministre Stephen Harper travaille à faire du Canada un pays plus près des valeurs conservatrices qu'il défend, et plus près des intérêts économiques de l'Alberta qu'il représente à la Chambre des communes. Nous ne parlons pas de quelques règlements ou projets de loi rapidement adoptés par le Parlement ou mises de l'avant par la bureaucratie, mais d'un travail de longue haleine qui porte en lui la genèse d'un changement plus profond du tissu national canadien.

Un réseau d'oléoducs fait partie de ce nouveau Canada. Mis en place, il vient en changer le visage pour des décennies, un demi-siècle au moins. C'est ainsi que le fédéral a tout mis en oeuvre, depuis sa première élection, pour faciliter la construction d'un tel réseau qui permet l'exportation plus rapide et plus économique du pétrole de l'Ouest canadien, dont la principale source d'avenir est celui des sables bitumineux. Cela est passé entre autres par la dilution des études environnementales.

Trois corridors de pipelines sont à l'étude. Un vise l'approvisionnement des raffineries du sud des États-Unis; c'est celui connu sous le nom Keystone XL. Un autre veut stratégiquement diversifier les marchés d'exportation vers l'Asie, via le Pacifique en Colombie-Britannique; c'est celui de Northern Gateway notamment. Enfin, les Québécois et les gens des Maritimes ont beaucoup entendu parler depuis un an du pipeline Energie Est, qui a comme objectif les marchés de l'est et de l'Europe.

Chacun est confronté à son lot d'adversaires. Aux États-Unis, le projet Keystone XL est si controversé que même le président Barack Obama hésite à l'appuyer et son silence parle éloquemment. Celui vers l'ouest comporte son lot de menaces environnementales puisqu'il augmenterait le trafic de pétroliers dans des zones navigables froides et difficiles; c'est sans compter les réticences de plusieurs nations autochtones qui sont alliées aux environnementalistes dans leur combat.

Le projet Énergie Est, le plus récent des trois, paraissait plus facile à réaliser, bien qu'enjambant de bien plus longues distances. Récemment, une solide opposition a mis sur la glace un des aboutissements de cet oléoduc, la construction d'un port en eaux profondes à Cacouna, parce qu'il mettrait en péril une zone sensible de l'habitat des bélugas.

Cette opposition doit paraître incompréhensible pour M. Harper et ses alliés du secteur privé. Le premier ministre ne s'est jamais inquiété de son image de dinosaure environnemental. Mais il n'en est pas de même au Québec. Le nouveau gouvernement de Philippe Couillard avait suffisamment de problèmes avec ses réformes pour des raisons financières sans s'entêter à combattre une opinion publique plutôt sensible aux protections environnementales.

Ce projet de pipeline de 4600 km proposé par la société TransCanada n'a jamais clairement dévoilé quels y étaient les avantages du Québec. Probablement parce qu'il n'en a pas beaucoup, ni en emplois de longue durée ou en sécurité énergétique qui pourraient en partie compenser les risques environnementaux d'un éventuel déversement de bitume dans le fleuve Saint-Laurent habité sur toute sa longueur.

Devant ce silence, Québec et sa population doivent continuer de s'opposer et le fragile Saint-Laurent doit être préservé.

Mais les Québécois doivent en même temps accepter que ce frein à un pipeline ne laissera au secteur pétrolier que l'alternative du transport sur rail, avec la menace potentielle d'une autre catastrophe à la Lac-Mégantic. Depuis cet accident, l'industrie ferroviaire se voit imposer de nouvelles règles de sécurité, notamment l'élimination progressive des wagons DOT-111.

Le Québec ne pourra bloquer complètement le passage de pétrole sur son territoire; ce serait d'ailleurs de l'aveuglement sélectif puisque les Québécois font encore un large usage des combustibles fossiles. Mais mieux contrôlé, le rail vaut mieux qu'un oléoduc qui marquerait le paysage pour 25, 50 ou 75 ans. Cette infrastructure sert les intentions de Stephen Harper et de ses alliés, mais pas ceux du Québec.

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