Un pas pour l'Humanité

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Sans avertissement, sans n'avoir rien ébruité, les États-Unis et Cuba ont annoncé la fin de la guerre froide qu'ils menaient l'un contre l'autre depuis plus de 54 ans. Ce 17 décembre 2014 passera ainsi dans le classement des grandes dates de l'humanité car il range dans les tiroirs sombres de l'Histoire un conflit dont les motifs d'origine remontent à si loin qu'ils semblent étranges à bien des citoyens d'aujourd'hui.

La Terre se rapproche un peu plus d'une paix mondiale, même si ailleurs trop de conflits perdurent.

Mais celui entre Cuba et les États-Unis était particulièrement inextricable. Résidaient dans le coeur du conflit encore des camps profondément ancrés dans leurs convictions ; cela s'observe aux États-Unis avec les protestations immédiates que l'annonce a provoquées chez certains irréductibles de la communauté cubaine expatriée, ainsi que parmi quelques vieux conservateurs. Ces derniers n'acceptent pas que s'enterre la hache de guerre face au régime de Fidel Castro qu'ils ont appris à détester. Pour eux, il incarne toujours l'affreuse idéologie communiste que les Américains ont combattue en Europe, à Cuba, au Vietnam et ailleurs.

Des expatriés cubains s'opposent aussi à ce geste de paix parce qu'ils ont tant souffert du régime de fer castriste et n'acceptent pas que le géant américain accepte que Cuba tourne si facilement la page sur ses pratiques totalitaires.

La plupart des Canadiens n'étaient pas nés, ou n'ont pas de souvenir clair de Cuba prérévolutionnaire sous Fulgencio Batista, un dictateur supporté par le gouvernement américain. Pour eux, Cuba équivaut à Fidel Castro, et vice versa.

Cuba a été vendu aux États-Unis par l'Espagne au tournant du xxe siècle, et a accédé à une indépendance « sous surveillance » en 1904. Les gouvernements qui s'y sont succédés, jusqu'à celui de M. Batista, ont multiplié les abus contre la population locale et se sont nourris de la corruption qui a finalement préparé l'émergence de révolutionnaires sous Fidel Castro dans les années 1950. Le dictateur a quitté le pays le 1er janvier 1959 et quelques jours plus tard, M. Castro prenait le pouvoir.

Les années qui ont suivi ont consacré le virage à gauche de Cuba, l'expropriation pure et simple des sociétés et familles américaines en sol cubain et surtout, l'alliance avec l'Union soviétique, le grand ennemi qui mettait ainsi le pied en Amérique, à 150 km à peine des États-Unis.

Loin de ce conflit profondément idéologique, les Canadiens ne soupçonnent pas avec quelle véhémence les dirigeants américains ont haï le régime Castro et tout ce qu'ils ont fait pour lui nuire, autant que le dictateur de gauche s'est servi de l'« ogre » américain pour consolider son pouvoir sur Cuba.

Longtemps on a cru que seul le décès de Fidel Castro paverait la voie à un rapprochement. Mais quelque part dans les 20 dernières années, le gouvernement cubain a de toute évidence conclu que l'idéologie communiste ne représentait pas l'Eldorado rêvé en 1959. Le pays a timidement mis en place quelques mesures de transition vers une économie de marché mais les progrès étaient trop lents. Il lui fallait aller plus vite et plus loin et cela lui était difficile sous l'embargo américain.

Pierre Elliott Trudeau avait déjà joué un rôle à ce niveau, réchauffant l'atmosphère face à l'Occident, préparant entre autres l'émergence d'une industrie touristique ; le Canada aura joué un rôle jusqu'à la fin. Les rencontres bilatérales se sont tenues en sol canadien, terrain neutre où les discussions hautement secrètes pouvaient se dérouler sans susciter de soupçons.

La présence de Barack Obama, enfin, aura été déterminante. Ce rapprochement aurait été inimaginable sous le binaire George W. Bush, par exemple, qui ne voyait que tout noir ou tout blanc. Ce sera l'un des principaux legs du président noir à son peuple et à l'Humanité.

Le 17 décembre marque la fin d'une triste époque de guerre froide. Pour les Cubains, ne fait que commencer le travail pour concrétiser ce réchauffement planétaire que tous applaudissent.

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